A l’est d’Eden – John Steinbeck

Alors que j’étais en train de passer chez une amie des années lycée pour lui donner mon ancien meuble bibliothèque, je profitais de ma première visite chez elle pour examiner ses nombreuses étagères remplies de livres. Michelle étant Suissesse, la plupart de ses livres sont en allemand. Mais sur sa desserte pleine à craquer d’énormes romans, se détachait un petit roman, traduit en français et qui fleurait bon le vieux papier : “À l’est d’Eden” de Steinbeck. J’apprends que la voisine de Michelle lui a donné avec l’ordre de le lire. À son tour, Michelle, en voyant mon enthousiasme, me l’a cédé. Merci Michelle. Cela faisait quelque temps que je voulais le lire car j’en avais entendu parlé lors de mes trop nombreuses pérégrinations sur YouTube. Bref, tout ça pour dire, j’avais le roman entre mes mains, je pouvais commencer.



Résumé :


Dans cette grande fresque, les personnages représentent le bien et le mal avec leurs rapports complexes. Adam, épris de calme. Charles, son demi-frère, dur et violent, Cathy, la femme d’Adam, un monstre camouflé derrière sa beauté, ses enfants les jumeaux Caleb et Aaron. En suivant de génération en génération les familles Trask et Hamilton, l’auteur nous raconte l’histoire de son pays, la vallée de la Salinas, en Californie du Nord. Pour cette œuvre généreuse et attachante, John Steinbeck a reçu le Prix Nobel de littérature.


Ce que j’en dis :


C’est peut-être simpliste de dire ça d’un roman nobélisé mais je l’écrirais quand même : ce livre est formidable. Pour moi, il est un mélange de ce que j’ai adoré dans “Cent ans de solitude” de Gabriel Garcia Marques, c’est à dire une fresque familiale intergénérationnelle composée de personnages colorés et marquants, et de ce que j’ai aimé dans “Les Hauts de Hurlevent” d’Emily Brontë, c’est à dire une fresque familiale intergénérationnelle sombre, ancrée dans une réalité dure voire violente. Ce roman est tout ça à la fois.
Le style de Steinbeck n’est jamais lourd, malgré des description de paysages qui sont des éléments qui peuvent souvent me rebuter. Il arrive à lier intimement la scène que fut la Californie au début de la culture de ses terres à son récit comme si celle-ci était un personnage à part entière dont les humeurs changeantes font le bonheur ou l’infortune de ses habitants.
Ce livre est une double réecriture de l’histoire biblique de Caïn et Abel : Adam et Aaron représentant Abel ; Charles et Cabel représentant Caïn. Steinbeck abordera la notion hébraïque du “timshel” présente dans l’histoire de la Genèse qu’il traduit en “tu peux”. Le roman en viendra donc à discuter d’une des questions les plus fondamentales sur la nature humaine : sommes-nous déterminés par le caractère dont nous héritons à la naissance ou sommes-nous pleinement agent de notre vie ?
Steinbeck explorera ces idées à travers plusieurs de ses personnages, notamment Caleb, qui pourrait se laisser consumer par ses pulsions comme son oncle Charles, mais qui, malgré de nombreuses erreurs prendra toujours un temps de réflexion au contraire de son oncle.
Autour des personnages principaux gravitent des personnages tantôt abominable, comme Cathy, considérée comme étant l’une des psychopathes (ou sociopathes comme vous voulez) les plus réalistes jamais écrites, tantôt charmant, comme Samuel le voisin prodigieux, aimé de tous mais à la malchance redoutable, ou tantôt génial, comme Lee, l’homme à tout faire se cachant derrière un faux accent asiatique, parce que c’est ce que tout le monde attend de lui.
En rétrospective, ce que je n’ai pas apprécié c’est que certains personnages sont décrits comme fondamentalement bons mais en lisant vraiment ce qui est raconté, ils semblent plutôt autocentrés et égoïstes. Une petite transgression dans le “show don’t tell” qui a légèrement teinté ma lecture.
À l’est d’Éden a été extrêmement critiqué à sa sortie (comme un nombre incalculable d’excellentes œuvres) et Steinbeck lui-même a fameusement avoué qu’il ne pensait pas mériter le Prix Nobel. Est-ce que de mon côté je pense que c’était mérité ? Je ne sais pas, je ne suis pas compétente en la matière. Ce que je sais, c’est que c’est un bon roman, un de ceux qui poussent à l’introspection et à l’action.

À l’est d’Éden, de John Steinbeck est publié par les éditions Le Livre de Poche.
Le livre de poche de 640 pages est vendu 10,40€.
Paru en juin 1974.

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