Sur la vie de ma mère, d’ Émilie Ouellette

Remporté dans le cadre d’une Masse critique consacrée à la littérature jeunesse organisée par Babelio, ce livre m’avait d’abord charmé par son résumé puisqu’il abordait un univers tellement peu (jamais ?) abordé en littérature : le beatbox.

Le résumé

La décision de Colin est prise. Il lâche l’école. Il échoue de toute façon et la direction veut lui faire recommencer son année. Mais il n’en est pas question. Le problème, c’est qu’il doit l’annoncer à sa mère. Malgré ses 14 ans, il en a peur. Quand elle pète les plombs, elle voit noir et il mange des coups. Souvent psychologiques, parfois physiques. C’est comme une boîte à surprise. Il ne sait jamais ce qui va en sortir. Mais là, c’est trop. Il ne veut plus tolérer ça une seconde de plus. Ni la violence de sa mère ni celle de l’école. Comme il n’a sa place nulle part, il se dit qu’il va se débrouiller seul. Colin était alors loin de se douter qu’il ferait face à sa propre violence et découvrirait son talent pour le beatbox. Chose certaine, il ne laissera plus personne le faire sentir comme le dernier des épais.

Ça, il le jure. Sur la vie de sa mère !

Ce que j’en dis…

J’ai déjà lu un paquet de livres qui traitent de la violence intrafamiliale mais c’était plus souvent de la littérature universitaire ou des romans américains US, pas de la littérature jeunesse. Je précise américains US parce qu’Émilie Ouellette est une autrice québécoise ce qui donne un charme particulier à l’histoire puisque, comme le précise une note de l’autrice au début du livre : Ce roman a été écrit de façon à respecter le langage contemporain québécois, dans les dialogues comme dans la narration.

Lire Sur la vie de ma mère est donc un bon moyen de se rappeler que la littérature francophone dépasse largement les frontières de l’hexagone.

Le livre peut se lire dès l’âge de 12 ans mais aussi bien après comme en témoigne le grand plaisir que j’ai pris à le lire. Les plus réticents se plaindront qu’il contient quand même beaucoup de violence pour des lecteurs de 12 ans. Il se trouve malheureusement que la vie de la plupart des enfants de douze ans est particulièrement remplie de violence. C’est certainement déplorable mais c’est un fait et se cacher la face ne changera rien à l’affaire. En revanche, oser en parler est certainement de nature à faire avancer le débat.

L’autrice le fait avec une franchise émouvante, abordant des thématiques personnelles et délicates telles que le racisme, la dyspraxie, la dyslexie et le TDAH ( Trouble De l’Attention avec Hypersensibilité), autant de maux dont souffre son propre fils, qui sert de modèle au héros de l’histoire.

Très ancré dans la réalité donc, Sur la vie de ma mère fait intervenir parmi les personnages principaux la beatboxeuse Prichia, artiste non-binaire qui signe par ailleurs la préface du bouquin.

Le beatbox comme exutoire face à une violence intrafamiliale transgénérationnelle et à des difficultés personnelles particulièrement invalidantes, Colin se découvre une voie d’excellence et un milieu où les gens sont vraiment encourageants (ou tentent de le tuer, c’est selon).

Pour ceux qui ne sauraient pas ce qu’est le beatbox, petite vidéo à but d’illustration :

Mais la question se pose : comment faire ressentir au lecteur les séquences de beatbox ? Écrire du cra-poum-pou-tac-tchik-a-tchik-a-poum-tac-tchik-a-prou risquant fort d’être rapidement rébarbatif, Émilie Ouellette à qui il n’aura pas échappé que nous sommes en 2026 émaille son texte de QR codes renvoyant à des enregistrements audios correspondants aux séquences narrées dans le texte. C’est ingénieux et ça donne beaucoup de vie. Je ne divulgâcherai (dédicace aux lecteurs québécois) pas la fin mais le dernier QR code renvoie à une vidéo qui m’a beaucoup ému.

Sur la vie de ma mère est mon premier coup de cœur en littérature jeunesse pour 2026 et j’en profite pour remercier Babelio et les éditions Hugo Québec.

L’autrice

Crédit photo Andréanne Gauthier

Émilie Ouellette est une scénariste, autrice et humoriste canadienne. Elle joue à Brawl Stars ou est sur TikTok la plupart du temps. Ses enfants jurent sur sa tête un peu trop souvent.

En bref

Sur la tête de ma mère, d’Émilie Ouellette est publié par les éditions Hugo.

Le livre broché de 368 pages est vendu 18€.

Paru le 22 octobre 2025.

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