Chiens des Ozarks, d’Eli Cranor

D’abord il y a cette couverture qui ne sera pas au goût de tout le monde mais qui m’a tout de suite fait beaucoup d’effet, je la trouve magnifique. Puis le résumé qui est vraiment prometteur. Et pourtant je ne me suis pas jeté dessus au moment de sa sortie, il aura fallu attendre la publication du nouveau roman d’Eli Cranor (À la chaîne, Sonatine, 2026) pour que, n’y résistant plus, je lise enfin Chiens des Ozarks.

Le résumé

Taggard, Arkansas. Chômage et récession frappent durement cette petite ville des monts Ozarks. C’est là que vit Jeremiah Fitzjurls, un vétéran du Vietnam, en compagnie de sa petite-fille, Joanna, qu’il élève seul au milieu de sa casse automobile. Pour protéger celle-ci d’un monde extérieur de plus en plus hostile, Jeremiah lui a transmis tout son savoir, en particulier sur le maniement des armes et l’autodéfense. Mais aucune ressource n’est suffisante quand les Ledford, une famille de suprémacistes blancs de la région, dealers de meth, décident de s’en prendre à la jeune fille. Jeremiah comprend alors que plus rien n’arrêtera la violence, sinon peut-être la violence.

Avec Chiens des Ozarks, salué dès sa sortie par une critique unanime, Eli Cranor brosse avec un réalisme inquiétant, quasi documentaire, un portrait de la vie dans les monts Ozarks. Entre les forces brutes de la nature et une société plus sauvage que jamais, quel espoir reste-t-il pour l’humain ? Il fallait un écrivain de la trempe d’Eli Cranor pour répondre.

Ce que j’en dis…

Lorsque j’ai commencé la lecture de Chiens des Ozarks, je m’attendais à lire un pulp, un roman noir, sauvage et ultra-violent. J’ai été agréablement surpris qu’en définitive il n’en soit rien.

Eli Cranor dresse une sorte de chronique sociale de cette région méconnue des Ozarks dans le Missouri. Une région rurale, anciennement minière, et une population touchée de plein fouet par une misère protéiforme : financière, affective, intellectuelle et j’en passe (en tous cas, pour les protagonistes du roman c’est la situation prédominante).

Jeremiah élève sa petite-fille de son mieux dans une casse automobile protégée par une meute de chiens consanguins, pendant que le père de la petite est en prison pour un crime dont la nature tarde à se faire connaître.

Jeremiah ne peut toutefois pas empêcher la gamine de grandir et de devenir jeune femme. Une belle jeune femme, qui sera bientôt objet de convoitise. L’histoire démarre gentiment avec le beau Colt, quarterback du lycée et prétendant de Joanna, ce qui remue déjà pas mal le vétéran du Vietnam peu enclin à partager l’amour de la seule famille qui lui reste.

C’est la sheriff, Mona, elle-même fille du sheriff qui officiait à l’époque où le fils de Jeremiah s’est retrouvé en prison, qui va tenter de rasséréner le vieux bougre. Mais lorsque les demeurés Ledford se décident à s’en prendre à Joanna dans le cadre d’un sordide business de meth avec un gang mexicain, ni Mona ni personne n’est en mesure de calmer le vieux Jeremiah.

Au fil des chapitres Eli Cranor dissémine des indices en rapport avec l’origine de Joanna, les souvenirs de guerre de Jeremiah, les affaires du gang des méthodistes et dealers de meth Ledford.

Dans cette petite communauté tout le monde se connait et tout le monde se méfie les uns des autres, non sans raison. C’est que le passé est lourd et sombre… Mais l’avenir s’annonce plus sombre encore.

Chiens des Ozarks est un roman noir, plus touchant que violent, dans lequel sous des aspects toujours rudes se cachent des personnages en souffrance, incapables de trouver la voie de la guérison, ni dans la religion, ni dans la drogue, ni dans l’alcool, ni dans la vengeance. L’amour est tellement décalé dans ce contexte qu’il ose à peine pointer le bout de son nez. Des gens durs qui n’osent pas faire preuve de douceur, qui en sont peut-être incapables.

Un roman certes très sombre donc, mais pas si violent qu’il y paraitrait, des personnages attachants ou révoltants mais toujours bien campés et une intrigue qui se dévoile lentement mais sûrement avec des révélations surprenantes qui inspirent une tendresse qui semble presque déplacée au vu de la dureté des protagonistes.

Un excellente lecture en ce qui me concerne et dès lors, une grosse envie de lire À la chaîne

L’auteur

Eli Cranor a grandi à Russellville, dans l’Arkansas, élevé par deux parents enseignants qui lui ont transmis le goût de la lecture et de l’écriture. Sportif prometteur, il devient un temps footballeur professionnel en Floride puis entraîneur, avant de revenir s’installer à Russellville avec sa femme pour enseigner l’anglais et élever ses enfants. Il est l’auteur de deux romans, Don’t Know Tough (2022) et Chien des Ozarks (2023), tous deux salués par la critique et par ses pairs. Depuis 2023, il est également écrivain résident au département des arts et humanités de l’université Arkansas Tech, et professeur au département d’anglais de cette même université.

En bref

Chiens des Ozarks, d’Eli Cranor, est publié chez Sonatine.

Le livre broché de 294 pages est vendu 22€.

Existe aussi en poche (10/18) à 8,90€.

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Emmanuelle Heurtebize.

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