La nuit ravagée, de Jean-Baptiste Del Amo

Lorsqu’Anita a été désignée comme celle qui devrait me donner ma prochaine lecture, elle a d’abord frémi.

Peut-être ce frémissement l’a-t-il subtilement aiguillée dans son choix de m’offrir un roman dans lequel Jean-Baptiste Del Amo, auteur multi primé, s’essaye avec succès au genre horrifique : La nuit ravagée.

Le résumé

« Ils s’étaient presque attendus à découvrir la maison abandonnée tous volets ouverts, lumières aux fenêtres, éclairant la nuit comme une attraction foraine démoniaque, prête à les happer. Mais ils la trouvèrent fidèle à elle-même, embusquée tout au fond de l’impasse, dissimulée par les ronces, semblable à ces araignées noires qui se nichent dans les crevasses des murs où elles patientent à l’affût d’une proie. »

Saint-Auch, petite bourgade en périphérie de Toulouse, au début des années 1990. Au fond de l’impasse des Ormes se trouve une maison abandonnée qui depuis toujours exerce une attraction étrange sur un groupe d’adolescents du quartier. Lorsque l’un d’eux meurt dans de terribles circonstances, ils décident d’y entrer, sans se douter des périls auxquels ils s’exposent.

Rendant hommage au roman horrifique, Jean-Baptiste Del Amo explore les rêves et les désillusions d’une époque, d’une génération et d’une classe sociale confrontées à la brutalité du monde et aux ravages du temps.

Ce que j’en dis…

Comme on peut le constater sur la couverture, La nuit ravagée est publié par Gallimard.

De cet éditeur, je n’ai que peu de livres dans ma bibliothèque, une quinzaine tout au plus, que je n’ai d’ailleurs pas lus pour être franc. Un préjugé : il me semble (semblait) que Gallimard était une maison d’édition un peu trop sage, élitiste, conservatrice et bourgeoise qui se catonnait à la littérature générale ou blanche.

Donc, quand j’ai reçu La nuit ravagée je me suis dit que ça allait me sortir de ma zone de confort. Mais en réalité j’ai été très surpris du contenu. Ce n’est pas du tout de la littérature générale qu’il m’a été donné de lire mais un vrai récit à la frontière entre le fantastique et l’horrifique, d’une grande richesse et d’une belle profondeur. L’approche sociale en particulier m’a beaucoup plu. Les questions liées au racisme ou à la découverte du désir sexuel sont traitées avec beaucoup de justesse et de bon sens.

Une bande de jeunes en proie à l’attraction d’une maison qui leur permet de vivre dans un état quasi extatique les situations qu’ils espèrent ou qu’ils redoutent le plus. On a l’impression de lire un (bon) bouquin de Stephen King, mais avec un surcroit d’élégance française (ou italienne ?).

Bien que Jean-Baptiste Del Amo soit un auteur qui a reçu de nombreux prix littéraires, c’est la première fois que je le lis pour les raisons exprimées plus haut, mais c’est une très belle découverte. Il parvient avec talent à faire accepter au lecteur une réalité parallèle, une sorte de monde onirique sur lequel personne n’a vraiment prise sinon cette maison, ce qui est une belle prouesse littéraire : on y croit.

Un autre bon point : une maison abandonnée, mais pas de maison hantée, pas de démon, de spiritisme ou quoi que ce soit de ce genre, juste des choses que l’on ne comprend pas mais sur lesquelles il n’est pas possible de mettre un nom.

Donc, bravo Anita pour cet excellent choix !

Et un sincère mea culpa pour mes préjugés à l’encontre de Gallimard…

L’auteur

Jean-Baptiste Del Amo est né à Toulouse. La nuit ravagée est son sixième roman, après Une éducation libertine (2008), Goncourt du premier roman, Le sel (2010), Pornographia (2013), Règne animal (2016), prix du Livre Inter, et Le fils de l’homme (2021), prix du roman Fnac.

En bref

La nuit ravagée, de Jean-Baptiste Del Amo, est publié par les Éditions Gallimard.

Le livre broché de 465 pages est vendu 23 €.

Paru le 6 mars 2025.

Il a reçu le Prix du meilleur livre de l’année 2025 d’après le magazine Lire.

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