Le nom d’Olivier Norek ne m’est pas inconnu tout de même, mais je n’avais rien lu de lui avant qu’une amie ne me prête Entre deux mondes, premier mais sûrement pas dernier de l’auteur à faire partie de ma PAL !

Résumé
Fuyant un régime sanguinaire et un pays en guerre, Adam a envoyé sa femme Nora et sa fille Maya à six mille kilomètres de là, dans un endroit où elles devraient l’attendre en sécurité. Il les rejoindra bientôt, et ils organiseront leur avenir. Mais arrivé là-bas, il ne les trouve pas. Ce qu’il découvre, en revanche, c’est un monde entre deux mondes pour damnés de la Terre entre deux vies. Dans cet univers sans loi, aucune police n’ose mettre les pieds. Un assassin va profiter de cette situation. Dès le premier crime, Adam décide d’intervenir. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il est flic, et que face à l’espoir qui s’amenuise de revoir un jour Nora et Maya, cette enquête est le seul moyen pour lui de ne pas devenir fou. Bastien est un policier français. Il connaît cette zone de non-droit et les terreurs qu’elle engendre. Mais lorsque Adam, ce flic étranger, lui demande son aide, le temps est venu pour lui d’ouvrir les yeux sur la réalité et de faire un choix, quitte à se mettre en danger.
Ce que j’en dis
Une fiction certes dont la trame, très documentée, nous plonge dans un passé pas très lointain, dans une ville avec pour décor on ne peut plus sordide la “bien” nommée “Jungle de Calais”, le plus grand bidonville d’Europe. Peuplée, comme le décrit Ludovic Passaro à son collègue le lieutenant Bastien : « … de migrants qui fuient un pays en guerre vers lequel on ne peut décemment pas les renvoyer, mais de l’autre côté, on les empêche d’aller là où ils veulent. C’est une situation de blocage, on va dire.«
Une zone de non-droit où la loi du plus fort ou plutôt de l’ethnie la plus nombreuse prévaut…
Au travers du vécu de ces trois personnages principaux dont les destins vont se lier, l’auteur nous relate le quotidien de ceux qui ont traversé les pires horreurs pour, au bout du chemin, se retrouver en enfer ! Adam gradé syrien en fuite qui tente à tout prix de retrouver les siens, Kilani jeune noir réduit à l’état d’esclave sexuel et Bastien lieutenant de police nouvellement muté à Calais, qui va tenter de mobiliser une équipe désabusée.
Toute la palette des comportements humains se retrouvent dans ce polar écrit dans un style fluide, rythmé par des dialogues et des descriptions on ne peut plus réalistes. Des agissements les plus vils avec des scènes presque insoutenables au plus admirables quand l’altruisme peut pousser à risquer sa carrière, voire sa vie pour un inconnu.
On y côtoie ceux qui, à bout de force se résignent, ceux qui ne renoncent pas et luttent pour préserver leur part d’humanité comme Ousmane le Soudanais mais aussi ceux qui exploitent la détresse de leurs compagnons d’infortune, les passeurs qui n’hésitent pas à jeter par-dessus bord les récalcitrants et les plus vulnérables et à les déposséder jusqu’au dernier euro.
En connaisseur du milieu qu’il décrit, Olivier Norek fait dire dans le dialogue qui suit, p116, ce qui donne son sens au titre de l’ouvrage Entre deux mondes :
“ – Vous croyez aux fantômes, Passaro ?
– Je ne me suis jamais posé la question. Vous parlez des esprits qui hantent les maisons ?
– Exact…Comme bloqués entre deux mondes…Passaro s’était déjà fait une remarque voisine, sans trouver les bons mots. Ceux de Bastien le déstabilisèrent.
– Réfléchissez pas trop, lieutenant. C’est pas une bonne idée. Ce job, il se fait en apnée. Tentez pas de respirer sous l’eau.
Bien plus qu’un polar, un témoignage bouleversant qui amène le lecteur à se questionner sur notre condition d’humain capable souvent du pire malheureusement et parfois du meilleur…
