Je l’avais vu passer et je ne l’avais d’abord pas lu.
Aussi lorsque la librairie Bisey à Mulhouse a organisé une soirée apéro avec Benoît Philippon pour la sortie de son nouveau roman, Papi Mariole, je me suis dit que c’était une occasion de me rattraper et de m’intéresser de plus près à cet auteur.
Ce fût une très belle soirée et même si la taille de ma PAL m’a défendu d’aggraver mon cas, j’ai eu envie de découvrir ce bobo sympa (je le dis sans aucune ironie ni condescendance) en lisant ses livres.
Quelques jours plus tard, Mamie Luger était au catalogue des livres audios disponibles sur NetGalley.
Comme l’écrivait Oscar Wilde : « On peut résister à tout, sauf à la tentation. »

Le résumé
Six heures du matin, Berthe, cent deux ans, canarde l’escouade de flics qui a pris d’assaut sa chaumière auvergnate. Huit heures, l’inspecteur Ventura entame la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière. La grand-mère au Luger passe aux aveux et le récit de sa vie est un feu d’artifice. Il y est question de meurtriers en cavale, de veuve noire et de nazi enterré dans sa cave.
Alors aveux, confession ou règlement de comptes ? Ventura ne sait pas à quel jeu de dupes joue la vieille édentée mais il sent qu’il va falloir creuser. Et pas qu’un peu.
Ce que j’en dis…
J’avais à l’esprit à priori, suite à ce que j’avais lu ici et là à propos de Benoît Philippon, qu’il était un auteur plutôt humoristique. C’est aussi ce que la couverture de ce livre audio laisse supposer. Pourtant, lors de la soirée apéro en question, le principal intéressé s’en est défendu : l’humour ne trouve sa place dans ses écrits que pour rendre le thème plus supportable, il ne cherche pas à amuser mais à mettre en avant un sujet qui lui tient à coeur : les violences faites aux femmes.
Effectivement, Mamie Luger traite on ne peut plus clairement de ce problème sociétal, voire culturel (osons le dire) sans gravité mais avec précision. Certes, il y a dans ce livre un trait pour le moins caricatural : la centenaire aura occis pas loin d’une dizaine de pénibles mâles alpha.
Mais l’art de la caricature est précisément voué à pointer du doigt ce qui ne convient pas dans un ensemble. Or, la société humaine pèche grandement dans le sort qu’elle réserve à plus de la moitié de son tout : la part féminine. Et dénoncer une telle scandaleuse vérité tient toujours de l’euphémisme. On peut donc se permettre d’en rajouter un peu dans un roman et c’est même de bon aloi.
En réalité, Mamie Luger est assez souvent drôle, mais surtout très touchant dans les souffrances qu’il dénonce : sexisme, racisme, injustice.
Le propos est donc d’une grande importance et – malheureusement – d’une totale légitimité.
Si je suis donc tout à fait d’accord avec le fond, la forme m’a moins convaincu.
Il y a une certaine inévitable redondance dans cette confession où Berthe raconte ses histoires d’amour et de haine qui se sont toutes mal terminées comme dans la chanson des Rita Mitsouko. Pas forcément pénible ce catalogue mais pas franchement agréable non plus. Comme dans la réalité, pareillement dans la fiction, la multiplication tend à banaliser ce qui gagnerait à ne pas l’être…
Un autre point qui m’empêche d’être totalement enthousiaste à propos de ce livre important : les nombreux passages sexuellement explicites. Certes, il ne s’agit pas de voyeurisme puisque l’auteur ne fait que montrer ce qu’il souhaite condamner avec force et le procédé est compréhensible mais, au risque de faire preuve de pudibonderie, je ne goûte guère lorsque la littérature fait étalage de sexualité et Mamie Luger étale largement.
Au final je sors de cette lecture avec un avis mitigé : J’aime beaucoup la proposition de Benoît Philippon sur le fond, je suis moins convaincu par la forme.
Il n’en demeure pas moins vrai qu’il convient de continuer de dénoncer l’inacceptable souffrance liée à la violence faite aux femmes, qu’elle soit domestique ou sociétale.
La lectrice
Impossible de passer sous silence l’excellente prestation de Fabienne Loriaux, actrice et doubleuse pour le cinéma.
Elle ne fait pas que lire mais elle donne véritablement vie à chacun des personnages du livre de Benoît Philippon. Elle parvient à conférer à chaque voix une personnalité remarquable qui reste en mémoire. C’est le genre de personne qui fait du livre audio non pas un sous-produit mais plutôt un surproduit.
Mamie Luger, de Benoît Philippon est publié par Audiolib.
Le livre lu par Fabienne Loriaux dure presque 9 heures et il est vendu 22,95€.
Paru le 25 janvier 2023.
