Dead Stars, de Benjamin Whitmer

J’estime que les bibliothécaires jouent un rôle vraiment intéressant dans cette prérogative qui est la leur de conseiller aux lecteurs des ouvrages qui pourraient leur plaire.

Cela demande non seulement une connaissance très générale des livres disponibles mais aussi un intérêt sincère pour les personnes qui fréquentent la bibliothèque au point de les connaître assez pour supposer de leurs goûts littéraires.

Ma reconnaissance va donc à cette profession en général et à Christine en particulier puisqu’elle m’a fait lire Dead Stars, de Benjamin Whitmer.

(Notez au passage que, me trouvant dans la nécessité d’opérer une reconversion professionnelle, j’essaye de me caser quelque part et que le fait de travailler dans un établissement ou un service de ce type me ravirait plutôt. Merci aux intéressés de me contacter en privé.)

Bref, Dead Stars, donc.

Le résumé

Colorado, 1986. Dominée par l’entreprise Stonewall et son usine de plutonium, Plainview est une sinistre ville ouvrière totalement dépendante de son unique employeur. C’est là que vit Hack Turner, un col bleu, avec sa fille Nat, âgée de dix-sept ans, et son fils Randy, qui en a quatorze. Un soir, Nat appelle son père pour le prévenir que Randy a disparu. S’ensuivent alors trois jours de recherche éperdue durant lesquelles les Turner ne peuvent guère compter sur le soutien des habitants de Plainview. Car l’ombre du grand-père plane sur la ville depuis des décennies, et Hack, pour avoir révélé des informations compromettantes sur son employeur, s’est mis à dos une grande partie de la population.

Le nouveau roman de Benjamin Whitmer raconte la quête frénétique d’un ère à la recherche de son enfant, dans une ville transformée en prison à ciel ouvert.

Ce que j’en dis…

Gallmeister est une maison d’édition que je ne connais que trop peu. Dead Stars est la deuxième parution de cet éditeur que je lis, après Lonesome Dove, les origines : La Marche du Mort de Larry McMurtry , qui m’avait aussi incroyablement enthousiasmé et que j’avais sacré Livre du mois en mai 2021.

Encore une fois, trois ans après cette belle découverte, je me suis régalé.

Complètement hors de ma zone de confort avec de la littérature américaine dont l’histoire se déroule dans ce Colorado qui m’est tout à fait inconnu et où je n’ai guère envie de mettre les pieds après avoir lu ce livre. Benjamin Whitmer m’a passablement bousculé avec Dead Stars en me donnant à lire un roman d’une rare intensité.

Les dialogues sont lunaires, les personnages sont incroyablement réussis et les scènes sont d’un réalisme à couper le souffle. Pourtant, des cow-boys qui tabassent des punks, sur le papier, ce n’est pas typiquement le genre de projet littéraire pour lequel je m’emballerais à priori. Mais ça fonctionne du tonnerre ! Et évidement, le livre ne se résume pas à cela. C’est simplement pour saluer cette prestation qui consiste à embarquer le lecteur dans une histoire qui ne lui est pas familière, qui ne le séduirait pas particulièrement et dans laquelle il va pourtant s’épanouir que je précise ce détail.

Le style est particulier, l’auteur s’y retrouve pour ce qui est de décrire une ambiance en peu de mots, il donne à sentir plus qu’il ne décrit et c’est admirable. Les punchlines se succèdent au point où j’avais parfois l’impression que chaque phrase méritait de figurer au frontispice de je ne sais quel établissement public.

Dans Dead Stars , Benjamin Whitmer explore un monde inconnu : la sensibilité des rustres.

Hack est un rustre, son père et son frère le sont aussi. Nat n’est pas mieux. Tout le monde se déteste et déteste tout le monde. Cette famille et son univers sont d’une rare violence, laquelle n’est même plus l’expression d’une révolte mais un mode de vie. Pourtant ce sont des êtres humains d’une sensibilité déconcertante.

Dans la vraie vie, je ne m’approcherais pas de ces gens à moins de dix mètres sauf si je suis pris par surprise ou si on m’y oblige. Mais pendant ces presque 600 pages, j’ai adoré les côtoyer, les observer, les contempler. Dead Stars m’a convaincu que chaque personne a besoin d’être aimée, même celles qui semblent complètement en dehors de l’amour.

Et j’ajouterai à l’intention de l’auteur : même les punks, Benjamin, même les punks.

L’auteur

Benjamin Whitmer est né en 1972 et a grandi dans l’Ohio, mais également dans l’État de New York. Il a publié son premier roman, Pike, en 2010, roman qui sera suivi de Cry Father, du très remarquable Évasion, et enfin, des Dynamiteurs. Il vit aujourd’hui avec ses deux enfants dans le Colorado, où il passe la plus grande partie de son temps libre à hanter les librairies, les bureaux de tabac et les stands de tir des mauvais quartiers de Denver, à le recherche de palpitantes histoires locales.

Dead Stars, de Benjamin Whitmer est édité par Gallmeister.
Le livre broché de 590 pages est vendu 26,90€.
Paru le 4 avril 2024.

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