L’homme qui lisait des livres de Rachid BENZINE

En écho au dernier roman chroniqué par Christophe, L’éden à l’aube de Karim Kattan et dont l’histoire se déroule en Palestine, j’aimerais vous parler d’un autre ouvrage dont l’auteur, Rachid Benzine n’a nul besoin que je défende son livre après son passage à la Grande Librairie il y a de cela quelques mois déjà et pourtant…

Résumé

Entre les ruines fumantes de Gaza et les pages jaunies des livres, un vieil homme attend. Il attend quoi ? Peut-être que quelqu’un s’arrête enfin pour écouter. Car les livres qu’il tient entre ses mains ne sont pas que des objets – ils sont les fragments d’une vie, les éclats d’une mémoire, les cicatrices d’un peuple.
Quand un jeune photographe français pointe son objectif vers ce vieillard entouré de livres, il ignore qu’il s’apprête à traverser le miroir.  » N’y a-t-il pas derrière tout regard une histoire ? Celle d’une vie. Celle de tout un peuple, parfois « , murmure le libraire. Commence alors l’odyssée palestinienne d’un homme qui a choisi les mots comme refuge, résistance et patrie.
De l’exode à la prison, des engagements à la désillusion politique, du théâtre aux amours, des enfants qu’on voit grandir et vivre, aux drames qui vous arrachent ceux que vous aimez, sa voix nous guide à travers les labyrinthes de l’Histoire et de l’intime. Dans un monde où les bombes tentent d’avoir le dernier mot, il nous rappelle que les livres sont notre plus grande chance de survie – non pour fuir le réel, mais pour l’habiter pleinement. Comme si, au milieu du chaos, un homme qui lit était la plus radicale des révolutions.

Ce que j’en dis :

Avant d’aborder le sujet du roman, j’aimerais évoquer deux aspects auxquels je suis particulièrement sensible, à savoir d’une part à l’objet livre et je sais gré à l’éditeur Julliard du soin apporté à la qualité du papier, à l’impression ainsi qu’à l’illustration de couverture. D’autre part au style de l’auteur, une plume d’une rare beauté où aucun mot n’est de trop, très évocatrice des lieux et des ambiances à tel point que le lecteur peut aisément s’en imprégner.

L’histoire est celle de Nabil Al Jaber, devenu libraire sur le tard dans les années 2010 à Gaza, après avoir tout perdu.
Dans un décor en ruines, un photographe de presse d’origine française, remarquant ce vieux bouquiniste lisant, installé devant son échoppe, entouré d’un tas de livres posés à même le trottoir, se dit que c’est le cliché à ne pas rater et de s’entendre dire dans sa langue par son sujet : “Vous savez, ce n’est pas rien une photographie. Je ne vous connais pas. Vous ne me connaissez pas. Il serait peut-être plus aimable que nous prenions le temps d’abord de nous rencontrer.”
Le vieux libraire commence par tendre au photographe une vieille édition de La condition humaine d’André Malraux tout en lui laissant entendre qu’ici “chaque livre a son histoire et sa place réservée. Vous pouvez choisir, bien sûr. Mais les livres, eux, choisissent aussi leurs lecteurs.”

C’est ainsi que va se nouer une relation entre ces deux hommes, autour des livres certes mais aussi et surtout des souvenirs de Nabil, dont la vie est jalonnée de malheurs, depuis sa naissance en 1948.
La perte de son fils, fauché par un tir à l’âge de 11 ans, le fera basculer et prendre les armes, ce qui lui vaudra 20 ans de prison. Il mettra ce temps à profit pour dit-il “éveiller sa conscience dans la solitude” et par-dessus tout lire, découvrir des auteurs, relire mais aussi méditer et en venir au constat suivant : “ Je n’ai pas pardonné, mais je sais qu’il existe des justes. Que l’impossible paix est la douleur partagée des justes des deux côtés.”

L’auteur excelle à décrire et à nous faire ressentir comment la littérature et la poésie ont permis à Nabil de trouver l’apaisement, de ne pas céder à la rancœur et de ne pas définitivement sombrer dans le désespoir.
Il émane de ce personnage une grande humanité, qui lui vient probablement de l’héritage paternel, manifeste dans les propos qu’il tient au sujet de son père vieillissant : ”Il a su trouver une manière de dire qu’il nous aimait. Nous le savions dans la façon dont il se levait avant l’aube pour nous assurer un peu de chaleur, dans ses encouragements répétés pour nous voir étudier, grandir, partir. Et c’est ce langage-là qui m’a appris l’amour. Celui qu’on entend dans les silences.”

Le fameux cliché du vieux bouquiniste qui lit devant sa librairie, le photographe finira par le prendre à l’invitation de Nabil en ces termes : “ Prenez-la donc, votre photo du vieux Nabil Al Jaber. Perdu au milieu de ses livres, comme il l’est dans ce monde absurde, enragé, inhumain.”
Et le pire est peut-être devant nous…

En bref

L’homme qui lisait des livres, de Rachid Benzine est publié par les éditions Julliard.

Le livre broché de 128 pages est vendu 18€.

Paru le 21 août 2025.

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