Une fois de plus, les éditions bleu et jaune me font découvrir une romancière tchèque cette fois, Alena Mornštajnová auteure reconnue et récompensée à plusieurs reprises dans son pays. Novembre est son dernier ouvrage paru en français et traduit avec brio par Anaïs Raimbault Biret.

Résumé
Que serait-il arrivé si les événements de novembre 1989 s’étaient déroulés autrement ? Si, derrière le rideau de fer, le communisme n’était jamais tombé ? Ce monde est celui de Marie Hajná, condamnée à vingt ans de prison pour avoir trahi sa patrie socialiste en participant à des manifestations. Elle sait qu’elle ne verra probablement jamais grandir ses enfants, et seules les lettres qu’elle écrit lui donnent encore un peu d’espoir. Au même moment, la petite Magdalena, âgée de 4 ans, est arrachée à sa famille et placée en « maison de convalescence » où l’on forme les nouveaux cadres du régime. Leurs destins, que tout oppose, s’entremêleront pourtant des années plus tard, dans des circonstances que ni l’une ni l’autre n’aurait pu imaginer. À travers ce récit mené de main de maître, Alena Mornštajnová nous invite à réfléchir à ce qu’il serait advenu de notre liberté si l’Histoire avait pris une autre direction. PRIX DU LIVRE TCHÈQUE 2022
Ce que j’en dis :
10 Novembre 1989, ceux de ma génération ne peuvent oublier le flash info de ce matin-là. Je me rappelle précisément l’endroit où je me trouvais quand cette nouvelle, pour le moins inattendue, est tombée : Chute du mur de Berlin !…
Alena Mornštajnová quant à elle, va nous raconter une autre histoire, une évolution différente des événements mais qui aurait pu se produire ainsi dans la Tchécoslovaquie de l’époque, compte tenu des précédents…
Deux récits parallèles mais pas que, dont la chronologie nous amène jusqu’en 2019 soit une trentaine d’années de la vie des deux narratrices. Celle de Marie dite Maja, jeune mère de deux enfants, victime d’une rafle après une manifestation et condamnée à la prison pour vingt ans et d’autre part, celle d’une enfant, Magdalena dite Magda, enlevée à sa famille à l’âge de 4 ans pour être placée dans une institution, le foyer Aux Cinq Chênes, dont la vocation est de former la future élite de l’Etat.
Avec beaucoup d’acuité, en alternant les chapitres où l’adulte détenue décrit son quotidien sordide et l’enfant l’éducation prétendument privilégiée prodiguée au foyer, Alena Mornštajnová dissèque en quelque sorte la manière dont un Etat totalitaire gère sa population, quand bien même il se fait appeler démocratie et prône des valeurs égalitaires… En l’occurrence, un pays de l’Est sous influence soviétique, mais cela pourrait se produire ailleurs dans le monde dès lors que des comportements comme la délation et la méfiance sont érigés en valeurs patriotiques et que, comme le laisse entendre Magda à propos de ses camarades de chambrée : “ Nous nous observions avec méfiance, nous craignant les unes les autres autant que nous craignions nos rêves et nos propres pensées. Nous n’en parlions jamais, parce qu’on nous avait appris que rêver était le fruit de l’oisiveté, une manifestation d’égoïsme qu’il fallait fermement réprimer.”
Quant à Maja, qui bénéficiera d’une libération anticipée, tant les prisons étaient surpeuplées, elle savait néanmoins que : “ Un peuple apeuré est un peuple docile et il était donc parfois nécessaire de mettre au frais quelqu’un qui se permettait trop pour qu’il s’attendrisse un peu. Au bout de quelques années, tout le monde s’assagissait et si par hasard ce n’était pas le cas, le remettre au trou ne posait aucun problème.”
Ce qui permettra à Maja de tenir pendant sa longue période de détention, c’est le lien ténu avec ses parents et sa fille Lenka, au travers d’une correspondance autorisée deux fois l’an, en grande partie censurée certes, mais qui lui donnera l’illusion que ses enfants vont bien…
Outre le soin apporté à l’évocation des liens qui unissent les différents personnages, Alena Mornštajnová pousse le lecteur à la réflexion en nous rappelant que disposer de la liberté d’expression ne va pas de soi, qu’elle est un droit d’une valeur inestimable et que pour l’acquérir ou la préserver, certains le paient très cher…
En bref
Novembre de Alena Mornštajnová est publié par les éditions bleu & jaune.
Le livre broché de 328 pages est vendu 23 €.
Date de parution : 12 mars 2026
