Les Révérentes, d’Addie E. Citchens

Le dernier dans la liste des six livres qu’il m’a été donné de lire dans le cadre du jury du Prix du Roman Fnac 2026 et aussi un de ceux que j’ai préférés. Un premier roman irrévérencieux à souhait comme on aimerait en lire plus souvent.

Le résumé

À Dominion, dans le Mississippi, le révérend Winfrey dirige sa communauté noire-américaine d’une main de fer. À la tête d’un petit empire commercial prospère, il a surtout foi en ses privilèges et en son esprit d’entreprise, tandis que son épouse Priscilla élève dans son ombre leurs cinq fils. Le plus jeune, surnommé Wonderboy, fait leur fierté : personne ne chante aussi bien, ne court aussi vite et ne fait autant tourner les têtes – y compris celle de sa camarade de classe Diamond, une adolescente orpheline en quête de repères.

Mais les deux hommes ne sont pas aussi vertueux qu’ils le prétendent. Poussé par un sentiment d’impunité, Wonderboy va commettre des actes irréparables qui provoquent une onde de choc dans toute la communauté. Priscilla et Diamond, liées par l’amour qu’elles lui vouent racontent tour à tour l’histoire de cette emprise à la toxicité sans limite.

Drame familial au suspense saisissant, Les Révérentes aborde la manière dont la peur, le patriarcat et la religion nous façonnent, et dont l’amour alimente parfois la violence et les abus décomplexés des puissants. Addie E. Citchens livre un premier roman brillamment mené, qui marque l’émergence d’une nouvelle voix du sud des États-Unis, à la croisée de celles de Toni Morrison et d’Ivy Pochoda.

Ce que j’en dis…

Le résumé m’a juste donné envie de découvrir Toni Morrison (et oui, je ne l’ai pas encore lue) ainsi qu’Ivy Pochoda. Parce que si ces trois voix chantent à l’unisson, leur chant m’intéresse. En effet, c’est peu de choses de dire que la plume d’Addie E. Citchens m’a charmé.

Mais c’est surtout l’impertinence du propos qui me va droit au cœur. Tu as lu le résumé mais je vais quand même revenir sur l’idée principale : Les Révérentes raconte les dérives immorales d’un père qui est aussi chef de son église (osons le dire, Christ est loin de l’affaire) et de sa famille dont le fils cadet est une petite ordure. On baigne dans une hypocrisie religieuse tellement banale mais tellement inavouée que c’est un pur bonheur de pouvoir lire un roman qui en fait clairement état du début à la fin.

Pour autant le roman ne se réclame pas d’être anticlérical ni même antireligieux. Addie E. Citchens raconte simplement une histoire ainsi que le font tous les romanciers. Mais son histoire nous éclaire brillamment sur la condition spirituelle de cette communauté afro-américaine.

Voilà pour ce qui est du fond.

Dans la forme, il s’agit d’un roman choral dans lequel la parole est donnée en alternance au différents protagonistes, chacun ayant son propre ton, sa propre sensibilité, ses propres sentiments et les difficultés qui sont les siennes. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ça varie beaucoup selon qu’on donne la parole à Wonderboy, le sale gosse, à sa petite amie et victime Diamond ou à sa maman Priscilla, femme de renom puisqu’épouse du grand prêtre local mais aussi femme trompée et maman déçue.

Un roman tout en sensibilité et intelligence qui ne présente pas, comme on en a pris l’habitude, une communauté afro-américaine victime du racisme institutionnel, mais cette même communauté victime de ses propres travers culturels et religieux.

Avec ce premier roman, Addie E. Citchens s’impose d’emblée comme une voix qui va forcément compter sur la scène littéraire internationale.

L’autrice

Britt Smith Photography, New Orleans Photographer, Addie Citchens

Addie E.Citchens est née à Clarksdale, dans le Mississipi, et vit actuellement à la Nouvelle-Orléans. Elle a suivi le programme d’écriture créative de l’université d’État de Floride et ses travaux ont été publiés dans The New Yorker et The Paris Review, entre autres. Sa nouvelle That Girl a notamment remporté le prix O. Henry. Les Révérentes est son premier roman.

En bref

Les Révérentes, de Addie E. Citchens est publié par les éditions Christian Bourgois.

Le livre broché de 288 pages est vendu 22 €.

Date de parution : 3 septembre 2026.

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