Théorie de la disparition, de Séverine Chevalier

Le premier livre de l’année en ce qui me concerne. (D’ailleurs, pour être tout à fait honnête, je l’ai lu en 2024, je ne pouvais pas attendre de retrouver cette autrice que j’aime beaucoup.)

Un roman court, original et singulier, d’une grande délicatesse et qui demande à être lu.

Le résumé

Mylène se considère lucidement comme l’intendante de son mari Mallaury. Une vie simple et banale dans laquelle elle s’occupe de son foyer avec une grande minutie, prolongement du travail consciencieux exercé au service municipal de la ville de Saint-Étienne, quand elle vérifiait les habitations afin de prévenir tout risque de destruction. Mylène veille à ce que Mallaury ne manque de rien, surtout depuis que ses romans connaissent le succès. L’accompagnant dans tous ses déplacements, elle traque le moindre défaut, lisse le moindre pli. Mais un soir, lors d’un dîner entre écrivains, Mylène fait une rencontre qui l’amène à agir étrangement : elle se laisse disparaître. En échappant à son mari pour la première fois, elle se confronte au passé et sort de son silence. La femme de l’écrivain commence à écrire.

Avec Théorie de la disparition, Séverine Chevalier déploie l’épopée minuscule d’une femme qui pense n’avoir rien à dire – à peine à exister. Une réflexion romanesque autour de la réappropriation et du ressaisissement de soi portée par une écriture sensible et marquante.

Ce que j’en dis…

J’avais découvert Séverine Chevalier avec la lecture de Jeannette et le crocodile (La Manufacture de livres, 2022). C’était déjà un livre court et intense et j’ai trouvé dans la Théorie de la disparition le même hommage à ceux qu’on qualifie de petites gens, tellement remarquables dans leur humilité.

Mylène est effectivement petite, si petite que dans l’ombre de son mari qui, lui, est un grand écrivain, comme le veut la formule consacrée, elle existe à peine. Et si elle existe ce n’est pas pour elle mais au service des autres, comme si c’était la chose la plus naturelle du monde.

L’écriture est poétique et poignante. Elle va droit au cœur.

J’ai particulièrement aimé ce passage où Mylène raconte deux évènements sans établir directement de lien entre les deux. D’ailleurs, peut-être n’y a-t-il pas vraiment de rapport entre les deux évènements sinon dans mon esprit de lecteur.

Mais voilà, le livre appartient au lecteur autant qu’à l’auteure, sinon plus.

Mylène avait volé un chemisier à sa mère, un vêtement d’un prix exorbitant, probablement en soie. La même mère avait quant à elle rageusement jeté à la poubelle des vers à soie que Mylène devait nourrir dans le cadre de travaux pratiques durant sa classe de CM1.

Se pourrait-il qu’il y ait une certaine forme d’analogie qui raconterait la difficulté liée au fait d’être soi/soie ? Plus qu’une difficulté d’ailleurs, presqu’une impossibilité. Comme si devenir quelqu’un chez les petites gens revenait à trahir son espèce et sa classe.

Ce qui expliquerait pourquoi Mylène prend tellement de temps avant de se mettre à exister, autrement qu’en qualité d’épouse, simplement comme femme, comme écrivaine aussi, au fond.

J’aime Séverine Chevalier parce qu’elle me parle de choses que je connais, parce qu’elle me met systématiquement le cœur au bord des yeux et le cerveau en ébullition.

Certes, Théorie de la disparition est un petit roman mais le lecteur aura bien compris qu’on peut être petit et avoir beaucoup de valeur.

L’auteure

Séverine Chevalier nait en 1973 à Lyon et vit ensuite pendant treize ans à Marseille. En 2015, elle s’installe avec sa famille en Auvergne où elle commence à écrire. Elle est l’autrice de cinq romans – Recluses (2011) repris aux éditions de la Table ronde, Clouer l’Ouest (2014), Les Mauvaises (2018), et Jeannette et le crocodile (2022) – et de Chronique judiciaire (2023), recueil de poésie publié chez Dynastes.

Théorie de la disparition, de Séverine Chevalier est publié par La Manufacture de livres.
Le livre broché de 176 pages est vendu 14,90€.
Date de parution prévue : 9 janvier 2025.

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