À la fin de l’été, de Magdalena Blažević

Bien rares sont les personnes qui se déclarent en faveur de la guerre (sauf peut-être de loin, dans des pays ou des bureaux à l’abri des bombes), pourtant elle ne cesse d’exister ici ou là, souvent les deux en même temps. Depuis 1914 la paix a déserté la planète mais peut-on s’y résigner ?

Évidemment pas. Et un livre qui traite de la guerre comme À la fin de l’été constitue un argument de poids en faveur de la démilitarisation et une œuvre profitable pour la prise de conscience d’un fléau qui est humain avant d’être une question politique.

Merci à Magdalena Blažević de faire de la littérature utile.

Le résumé

Tout déborde de joie et de beauté, tout regorge de couleurs et d’odeurs dans la vie de deux amies au cœur d’un pittoresque village bosniaque. Mais leurs jeux insouciants s’évanouissent après qu’une attaque militaire emporte l’une d’elles.

Racontée par la jeune fille tuée, cette histoire transcende les frontières du temps et des lieux. Dans une prose concise où chaque mot résonne avec intensité, Magdalena Blažević mène une exploration poétique de thèmes complexes comme la mort, la souffrance, et l’absurdité de la guerre, à peine mentionnée.

Un roman antiguerre universel, servi dans un écrin linguistique et stylistique exceptionnel.

Ce que j’en dis…

Je suis très heureux d’avoir découvert Les éditions Bleu & Jaune tant cette maison met en avant des voix européennes mal connues, voire totalement inconnues en France. C’est le cas de Magdalena Blažević qui signe avec À la fin de l’été un premier roman prometteur qui a d’ailleurs déjà été récompensé par le Prix Tportal du meilleur Roman croate en 2023.

Ce roman tout en sensibilité traite de la guerre sans presque l’évoquer. Composé de courts chapitres qui racontent l’insouciante existence de la narratrice, une jeune fille de 14 ans qui perd sa vie dans un conflit auquel elle ne participe évidemment pas. Tel est le nouveau visage de la guerre : ses premières victimes ne sont plus des militaires mais des civils.

Elle raconte sa vie d’avant mais aussi, et c’est à peine troublant, les événements qui suivent sa mort, ses obsèques, les réactions des uns et des autres.

Plutôt que de dénoncer ouvertement l’absurdité de la guerre ou de déclarer son antimilitarisme elle montre très simplement et avec justesse ce que la guerre fait cesser : la vie. Dans À la fin de l’été c’est précisément la sienne, heureuse, simple, joyeuse, familiale et champêtre. Que dire des millions d’autres vies fauchées pour les mêmes raisons ? Exactement la même chose : cela n’aurait pas dû arriver.

La plume de Magdalena Blažević est d’une formidable puissance évocatrice. Aucun larmoiement ou presque mais elle m’a mis souvent le cœur au bord des larmes par la description des authentiques moments de bien-être et de simplicité dans la vie de cette jeune fille. Sa mort survient dans les premières pages et le lecteur constate ainsi chapitre après chapitre l’ampleur du gâchis : cette vie simple et heureuse n’avait aucune raison de cesser, la guerre n’est ni une raison ni une cause, c’est une barbarie et une injustice. L’autrice ne le dit jamais mais le lecteur ne peut pas s’empêcher d’y penser page après page.

Encore de la littérature aussi belle qu’utile, indispensable à une époque où les conflits relayés sans arrêt à l’image sur les chaines d’information continue deviendraient presque banals. Il y a là une banalité à refuser comme une évidence et cette évidence s’impose en quelques mots : À la fin de l’été.

Traduit du croate par Chloé Billon.

À la fin de l’été, de Magdalena Blažević est édité par Les Éditions Bleu & Jaune.
Le livre broché de 184 pages est vendu 19,90€.
Paru le 23 janvier 2025.

3 commentaires

Répondre à À la fin de l’été – Ma collection de livres Annuler la réponse.