Le Harem et l’Occident – Fatema Mernissi


J’ai été une enfant un peu particulière. Je me suis bien rangée depuis, mais avant mon auto banalisation, j’aimais les sciences, j’aimais les fossiles, j’aimais les escargots, j’aimais la lecture, j’aimais les échecs et plus que tout j’aimais la physique et l’espace. Maintenant j’aime les vêtements. Au moins il me reste la littérature.
À cette époque nous connaissions un couple de jeunes retraités dont le mari était chimiste. Je me souviens bien de lui parce qu’il prenait le temps de m’écouter et de me parler de toutes ces choses qui m’intéressaient. Lorsque lui et sa femme sont partis à Rodrigue, il y a de cela 15 ans, j’ai hérité d’une petite boîte de sa collection de fossiles et de “L’encyclopédie du savoir relatif et absolu” de Bernard Werber. De bons souvenirs.
Il y a quelques mois, ils sont revenus en Alsace et j’ai eu la joie de pouvoir les côtoyer à nouveau. Lors de l’une de nos nombreuses discussions, son épouse m’a recommandé le livre “Le Harem et l’Occident” de Fatema Mernissi, disant de celui-ci que c’est le livre qui l’a le plus influencé en tant que femme. Et c’est bien de Fatema Mernissi dont nous parlerons aujourd’hui et non de Bernard Werber.

Résumé


En Occident, le harem est représenté comme un lieu de plaisir où s’ébattent des femmes nues et lascives, odalisques d’Ingres et de Matisse, Schéhérazade en version hollywoodienne.
En Orient, le harem est au contraire le lieu de la réclusion des femmes qui ne rêvent que de s’en émanciper, en jouant de leur talent et de leur intelligence, qu’elles aient vécu au temps du khalife Haroun Al-Rachid ou dans le harem domestique des années 50 à Fès. Ces deux représentations du harem – l’une fantasmée, l’autre historique – dessinent une vision différente, troublante et inattendue, non seulement de « la femme idéale » mais aussi de la séduction, de l’érotisme et des rapports entre les sexes. « Décris-moi ton harem, je te dirai qui tu es », semble nous suggérer avec humour Fatema Mernissi, bien connue du public pour sa vision aussi pertinente qu’impertinente d’un monde arabe en pleine mutation.
Le Harem et l’Occident : un fascinant voyage au cœur des harems, un face à face revigorant entre les cultures autant qu’une méditation sur le pouvoir de l’image et la perception de soi.

Ce que j’en dis…



Fatema Mernissi
est une sociologue marocaine qui se trouve être née et avoir grandi dans un harem. Elle avait écrit “Rêve de femme, une enfance au harem”, dont le titre révèle la teneur. Elle fut surprise lors des interviews à propos de son livre, que ce soit avec des américains ou des européens, de constater bon nombre d’homme avoir des sourires grivois et des regards gênés. Intriguée par cette réaction, elle décide d’essayer de comprendre ces hommes, ce qui résulte en cet essai qui décortique la perception qu’ont les occidentaux du harem et ce que cela révèle des rapports hommes-femmes dans les cultures occidentales et orientales.

Dans notre imaginaire collectif occidental, forgées par les premières traduction auto-censurées des comptes des Mille et une nuit, les premiers fantasmes de ces traducteurs et la perception des peintres du début du XXe siècle, les femmes du harem sont des créatures lascives, belles et muettes, à moitié nues, des coquilles vides dont le seul objectif est le plaisir de l’homme. La réalité était cependant bien différente : en plus d’être vêtues de plusieurs couches, les femmes les plus prisées étaient les plus éduquées. Elle s’activait donc à toutes sortes d’apprentissages, de la science, de la rhétorique, de l’astronomie, du jeu d’échecs… On est bien loin de l’iconographie fantasmée, représentée par “La grande odalisque” d’Ingres.

Fatema Mernissi prend notamment l’exemple de Shéhérazade, compteuse des mille et une nuit, qui passe d’une femme intelligente, cultivée, stratège et créative (mille et un compte ça fait beaucoup quand même), à une danseuse muette dans le fameux ballet russe. Elle met en lien ces interprétations artistiques avec la vision de la femme des philosophes occidentaux tel que Kant qui séparait la beauté de l’intellect et qui ira jusqu’à dire que du moment où une femme se verse dans le cérébral, elle perd inévitablement de ses charmes. L’auteure met cette perception en opposition à celle du monde oriental, qui aime les femmes indépendantes, intelligentes et cultivées. Pour contrôler une telle femme il faut au moins tout un harem et des gros murs bien solides pour lui “couper les ailes”. On s’imagine alors facilement que ces environnements n’étaient pas les paradis pour hommes qu’on se représente.

Qu’est ce que ces fantasmes révèlent sur les hommes occidentaux et leur rapport aux femmes ? Pourquoi l’Européen et l’Américain rêvent-ils d’une femme muette et docile ? Pourquoi ont-ils filtré toutes ses idées pour la rendre aussi passive que possible ? Si l’homme occidental n’utilise pas le harem pour contrôler la femme, quel est son outil ?
C’est à cela que Fatema Mernissi tente de répondre.

J’ai beaucoup aimé ma lecture. On se sent physiquement prendre en ouverture d’esprit avec certains livres. Je ne m’étais jamais particulièrement intéressée à l’Orient et c’est vrai que mon imaginaire le faisait peuplé de femmes soumises et effrayées. Je me suis pris une petite claque culturelle.
Ce qui est agréable avec Fatema Mernissi, c’est que, bien qu’elle parle de la femme et de son histoire assujetie à l’homme, elle ne prend jamais une posture victimaire et se focalise toujours sur ce que la femme faisait pour maitriser la situation.
Il faut aussi tenir compte du fait que ce livre a bientôt 25 ans, et qu’il s’en sont passées des choses en Orient depuis. Il est toutefois intéressant de lire Mernissi pour cette capsule temporelle qu’elle nous offre, un optimisme sur l’avenir des femmes en orient et un réalisme sur les combats que celle-ci vont devoir mener.

En bref

Le Harem et l’Occident de Fatema Mernissi est publié par Albin Michel.

Paru le 2 novembre 2001, il n’a pas été réédité mais il est possible de le trouver en seconde main pour une somme aux environs de 25€.

231 pages.

3 commentaires

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