Submergée, d’Arula Ratnakar

Dernière venue dans la collection RéciFs des éditions Argyll, l’autrice américaine Arnula Ratnakar nous livre un récit de Hard SF singulier et envoûtant teinté de préoccupations écologiques à découvrir cette semaine : Submergée.

Le résumé

Confrontée à d’incontrôlables épidémies nées du dérèglement climatique, l’humanité a cherché dans les fonds marins une solution miracle à ses maux, exploitant la faune comme la flore, quitte à provoquer un désastre environnemental plus grave encore.

Après la mort dans des circonstances tragiques d’une brillante scientifique, Nithya enquête sur ses travaux. À l’aide d’une technologie mémorielle, elle revit tous les moments importants de la vie de sa consœur, de la recherche d’un remède à ses préoccupations les plus intimes.

Mais à mesure que Nithya plonge dans ces souvenirs, elle découvre de dangereux secrets et se laisse peu à peu submerger par la psyché de l’autre femme. Jusqu’à ce que les limites entre elles s’estompent ?

Ce que j’en dis…

J’ai découvert récemment la collection RéciFs avec Colorer le monde, de Mu Ming et ç’a été un coup de cœur. La fête continue avec le suivant dans la collection. Encore un texte court, écrit par une femme, dans la catégorie des littératures de l’imaginaire. C’est le concept.

Submergée s’inscrit dans le genre Hard SF, c’est à dire que le côté scientifique est particulièrement mis en avant. Certains passages sont donc un peu ardus en raison du vocabulaire utilisé mais même si on n’est pas forcément calé en sciences (ce qui est mon cas) avec un peu d’imagination on parvient à suivre sans peine.

Comme le précise le résumé, on évolue dans le milieu de la recherche scientifique afin de faire face à des épidémies mortelles. Le sujet des recherches est P. meyeri, une éponge, donc une forme de vie relativement simple à priori, sauf que celle-ci semble particulièrement intelligente, capable d’une communication épatante et en mesure de nous soulager de quelques terribles maux.

Se pose une question éthique fondamentale qui constitue un des enjeux majeurs du récit : dans quelle mesure une créature intelligente peut-elle être un objet d’étude scientifique si elle manifeste sa désapprobation à ce sujet ? Doit-on la contraindre ? Faire passer les intérêts des humains avant ceux des autres espèces ? N’est-ce pas précisément cet état d’esprit qui est responsable de la situation de détresse écologique mondiale dans laquelle nous nous trouvons actuellement ?

Puis il y a parallèlement à cela la formidable aventure qui consiste à mener l’enquête sur la mort de Noor en investissant directement son cerveau. C’est ce que va faire Nithya, se connecter à cette matière cérébrale afin de vivre les souvenirs de Noor, afin de découvrir les raisons de son décès. Mais peut-on dissocier souvenirs et sentiments ? Peut-elle fréquenter de près la personne que Noor aimait sans tomber amoureuse à son tour ?

Ajoutons à cela une génération, celle des enfants de nos protagonistes scientifiques, qui invente une forme de protestation contre l’exploitation du vivant inventive et radicale, allant même jusqu’à élaborer un langage qui échappe au monde adulte.

Et tout ça tient dans un bouquin de moins de 100 pages ! On a envie de crier au génie…

Cerise sur le pompon, l’éditeur nous gratifie des premières pages du prochain volume de la collection : Hard Mary de l’excellente Sofia Samatar, autrice d’Un Étranger en Olondre qui m’avait été un formidable coup de cœur. Autant vous dire qu’il fera probablement partie de mes prochaines lectures…

L’autrice

Neuroscientifique, Arula Ratnakar mène actuellement des recherches sur le développement neurologique embryonnaire à l’université de Boston aux États-Unis. En parallèle, elle écrit de la science-fiction.

Submergée, première traduction de l’autrice en France (signée Jean-Daniel Brèque), mêle biologie marine et neurosciences, et interroge les limites de l’éthique scientifique à travers des personnages profondément humains.

En bref

Submergée, d’Arula Ratnakar est publié par les éditions Argyll.

Le livre broché de 128 pages est vendu 9,90€.

Parution prévue le 6 février 2026.

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