Le dernier jour du tourbillon, de Rodolphe Casso

Il m’est difficile de lire toutes les nouveautés qui me font envie mais il y a deux ou trois maisons d’éditions qui m’accaparent dans le mesure où elles ne cessent de me combler d’aise publication après publication.

Aux Forges de Vulcain fait partie de ce tiercé gagnant et les habitués ne pourront pas ne pas l’avoir remarqué.

Si en plus le roman est proposé sur NetGalley, je ne peux pas faire autrement que de le solliciter…

Le résumé

Un huis-clos hilarant qui nous rappelle que le changement est imprévisible et inévitable.

Après avoir sabordé sa vie sentimentale, Gus échoue dans un bar : le Tourbillon. Ce rade miteux à la déco ringarde, dernier de son genre dans un quartier en pleine gentrification, est le repaire de Get, pilier du comptoir régnant sur une petite bande d’inadaptés. Il a tôt fait de mettre  le grappin sur le nouvel arrivant. Tandis que Le Tourbillon tourne à plein régime, brassant heure après heure la faune du quartier, Gus se laisse enivrer d’alcool et de paroles jusqu’à se libérer de toutes ses frustrations. Mais festoyer avec ceux qui refusent de suivre la marche du monde a un prix. Gus sortira-t-il indemne du Tourbillon ?

Ce que j’en dis …

Encore une fois, ce fut un bonheur de lecture absolument enivrant !

L’ambiance typique des troquets parisiens de mes primes années m’a saisi au collet, il ne manquait plus que la sciure au sol pour me replonger absolument dans les bouges parfois infâmes où il m’est arrivé d’écluser en plus ou moins sinistre compagnie.

Je me suis retrouvé aux côtés de Gus, de Get, de Bijou, de Bolide et des autres avec cette facilité déconcertante qui sied aux bars de quartiers d’antan (et c’est peut-être encore le cas aujourd’hui mais ma consommation a migré vers le confort de ma propre demeure).

Il suffisait de se poser sur un tabouret de bar, de commander n’importe quelle consommation et de se tourner vers la droite où la gauche pour entamer la conversation avec le type ou la nana d’à côté (mais c’était rarement des nanas).

Attention, la magie opère au zinc mais pas en terrasse où stagne moins longtemps une autre clientèle, plus aisée et davantage portée sur la voyeurisme des passants et passantes que sur la curieuse analyse socio-politico-footballistique qui sévit dans le fond de la salle, à l’ombre des tireuses et sous le brouhaha somme toute rassurant du percolateur.

Cette ambiance particulière n’est pas d’un exotisme absolu et le talent de Rodolphe Casso a consisté à en faire le cadre unique d’un roman drôle et terriblement humain. Que celui qui n’a jamais prêté l’oreille aux lamentations alcoolisées d’un néo-chômeur ou d’un mari trompé qui vient de découvrir sa malédiction et décide de noyer son chagrin dans l’alcool lui jette la première bière.

Oui, il faut bien avouer qu’on trouve au tourbillon cet échantillon représentatif de la misère du monde des assoiffés : le pilier de comptoir, la prostituée sur le tard, le dealer qui se cache de son grossiste, le pauvre type en fauteuil roulant et les autres.

De la misère, certes, mais aussi et surtout beaucoup d’humanité. Quant on fait semblant de croire aux sornettes de celui qui s’invente une vie passée, non pas par crédulité mais pour lui donner accès à cette dignité qu’il cherche désespérément et qu’il a de toute façon perdu dès qu’il sort du bar …

J’ai refermé le livre que j’ai lu avec gourmandise et émotion avec le sentiment de laisser les uns et les autres continuer leur bout de chemin comme s’ils existaient vraiment, ailleurs que dans Le dernier jour du tourbillon, parce qu’ils existent, bien entendu, par milliers, et Rodolphe Casso rend un bel hommage à cette partie de la population qui enrichit La Française des Jeux en rêvant d’un monde meilleur qui n’est pas fait pour eux.

Le dernier jour du tourbillon, de Rodolphe Casso est publié par Aux Forges de Vulcain.
Le livre broché de 208 pages est vendu 20 €.
Paru le 16 juin 2023.

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