Les gens de Bilbao naissent où ils veulent, de Maria Larrea

En premier lieu il y a ce titre qui à lui seul m’a séduit. Parce qu’il contient un lien avec le pays Basque qui m’est cher et parce qu’il respire la liberté.

Puis il y a ce bandeau rouge qui, bien que je m’en défende, ne manque pas de m’influencer un peu quand même : le livre a reçu le Prix roman France télévisions 2023 – prix du premier roman, c’est écrit dessus.

Je n’ai pas de télévision, ce n’est pas mon média de référence, mais bon on n’accorde pas les prix littéraires au hasard non plus, et je me dis que c’est un prix populaire au sens noble du terme, enfin, c’est ce que j’imagine.

Mais en réalité, je ne sais pas du tout quel genre de livre je m’apprête à lire …

Le résumé

Tout commence en Espagne. En juin 1943, une prostituée obèse de Bilbao donne vie à un garçon qu’elle confie aux jésuites. Plus tard, en Galice, une femme accouche d’une fille qu’elle abandonne aux sœurs d’un couvent. Les deux orphelins connaissent la misère et Franco mais se rencontrent, se marient, partent à Paris. La Galicienne devient femme de ménage, le Basque gardien du théâtre de la Michodière. Ils auront un enfant, Maria. C’est notre narratrice.

À vingt-sept ans, celle-ci croyait s’être arrachée à ses origines : la loge de ses parents, la violence de Julian et les silences de Victoria. Mais un tirage de tarot va renverser son existence et l’obliger à replonger dans le passé des siens. Pour comprendre de qui elle est la fille, elle devra enquêter et revenir là où tout a débuté, à Bilbao, où naissent les secrets.

Étourdissant de style, d’énergie et de vie, ce premier roman mené tambour battant nous embarque instantanément. Avec maestria, Maria Larrea y recompose pièce à pièce le visage de sa famille et le puzzle de sa mémoire. On court et rit et pleure ensemble. Une écrivaine est née.

Ce que j’en dis…

En réalité je n’ai pas lu le livre.

Je l’ai écouté. Il était disponible en livre audio sur la plateforme NetGalley, je l’ai sollicité et Audiolib a accepté de m’en confier l’écoute. Je les remercie les uns et les autres.

Le livre est lu par Maria Larrea, l’autrice donc.

Je ne vous cacherai pas qu’au début du bouquin ça m’a semblé une mauvaise idée. Je ne pouvais pas m’empêcher de comparer sa lecture à d’autres écoutées précédemment, faites par des comédiennes, des professionnelles de l’expression verbale et non pas écrite et je ne pouvais pas faire autrement que de penser que le choix consistant à lire soi-même son œuvre était peut-être mal avisé, qu’il aurait mieux vallu laisser une autre, plus capable, faire le job.

Mais plus j’avançais dans l’écoute, plus l’autrice se dévoilait dans le texte, mieux je comprenais ce parti pris : oui, personne, pas même une excellente lectrice, n’était mieux placée que l’autrice pour lire cette histoire si personnelle, si intime, si touchante.

Bientôt les inflexions de la voix de Maria Larrea me touchaient davantage. Non pas que la lecture se fit plus juste mais mon coeur a pris le pas sur ma pensée, les sentiments ont compté plus que la justesse du ton, la respiration n’était peut-être pas posée au bon endroit, mais enfin, c’était sa respiration.

Quoi de mieux ?

J’ai été amusé, surpris dans mon intimité par des références communes à La Maison de Valérie ou à la merveille de technologie que constituait le walkman autoreverse. Et le pays basque, et les incroyables insultes entendues par elle et par moi : kawen dios, kawen a puta, kawen ostia !

Je ne sais pas comment ça s’écrit mais je sais comment ça s’entend…

Elle raconte avec beaucoup d’humour et de sincérité son parcours d’enfant adoptée et sa quête des parents biologiques.

Ella a été abandonnée à la naissance, je l’ai été à huit ans. Adoptée par un Basque. Comme moi.

A passé beaucoup de temps à se défoncer. Je connais ça aussi.

Bref, ce livre m’a beaucoup touché parce que je m’y suis reconnu souvent en dépit des magistrales différences qui nous séparent.

Et c’est sans doute ce qui fait le charme de ce roman magnifique : l’universalité de nos individualités.

Comprenne qui pourra. Apprécie qui lira.

Les gens de Bilbao naissent où ils veulent, de Maria Larrea est publié par Audiolib.
Le livre audio de 4h15 d’écoute est vendu 19,95€.
Paru le 20 septembre 2023.

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