Il serait très exagéré de dire que les quelques 457 livres de la rentrée littéraire 2024 se ressemblent tous.
Mais je crois ne pas pouvoir me tromper en estimant que Vies sauvages ne ressemble à aucun autre. (Même si je ne les ai pas tous lus, évidemment).
Parce qu’édité par Inculte, d’abord. Rien que par son nom, cette maison d’édition me ravit. Parce que Daniel Fohr ensuite, m’est un auteur particulièrement cher bien que je ne l’aie découvert que tardivement.
Et puis, il y a cette magnifique illustration de couverture.

Le résumé
Un parc animalier est un village comme un autre – ou presque. Ses habitants ont leurs habitudes, leurs rêves secrets, leurs souvenirs, leurs regrets, leurs amours. Leur liberté, bien sûr, est limitée, et fort heureusement quelques humains veillent à la bonne entente de cette communauté : un guichetier, une vétérinaire, un soigneur, un directeur… Dans ce lieu à la population hétéroclite, Jad-bal-ja, un lion de l’Atlas, n’en revient pas : sous les yeux des rares visiteurs, un humain vient de descendre dans sa fosse ! Aussitôt l’alerte est donnée. Tandis que le personnel cherche désespérément une solution à cette situation explosive, d’autres drames se nouent : une activiste a ouvert la cage des serpents, Darwin, le chef des babouins, voit son règne toucher à sa fin ; Roméo et Juliette, le couple de marabouts, rêvent d’envol ; Bruce, le puma a repéré une musaraigne dans son enclos ; un oiseau tropical dévisse lentement les boulons de sa volière…
Daniel Fohr, grâce à sa plume légère mais soigneusement documentée, nous plonge dans l’intimité d’un monde animalier sous haute surveillance, en brossant des portraits saisissants de ces créatures qu’on dit dépourvues de conscience, et ce sans jamais tomber dans l’anthropomorphisme. Loin d’être une simple fable, Vies Sauvages est aussi, et surtout, un roman drôle, touchant, et vibrant tout entier d’un suspense poignant : qui, de l’homme ou de l’animal, aura le dernier mot ?
Ce que j’en dis…
J’ai découvert Daniel Fohr avec La vague qui vient (Inculte, 2023) et j’ai décidé depuis de ne plus manquer une seule de ses nouvelles parutions !
Sage décision puisque son nouveau roman même s’il est complètement différent du précédent est tout autant réussi. Enfin, complètement différent… pas tout à fait.
La Vague qui vient fixait son intrigue dans un microcosme : une île.
Dans Vies sauvages il n’est plus question d’une île mais d’un parc animalier, un autre microcosme, aux limites bien définies, infranchissables ou presque, ou chacun doit apprendre à vivre avec les autres, qu’il le veuille ou non.
À bien y réfléchir, il me semble que je pourrais poursuivre une étude comparative entre ces deux textes tant il y a de points communs quand on creuse un peu mais ce n’est pas le but de cet article. Et tu n’es pas arrivé(e) ici pour lire ce genre d’analyse mais pour en savoir plus sur Vies sauvages que tu envisages d’acheter (ou d’emprunter à ta belle-sœur, pince que tu es) mais comme tu hésites encore je poursuis.
Daniel Fohr met donc en scène des protagonistes tant humains qu’animaux sans établir aucune hiérarchie entre les espèces et c’est sans doute ce qui fait la singularité de ce roman. Sous ce rapport il est à rapprocher de deux autres merveilles du genre dans cet exercice de style où les auteurs excellent également :
- L’homme qui savait la langue des serpents, d’Andrus Kivirähk (Le Tripode, 2015)
- Anima, de Wajdi Mouawad (Actes Sud, 2012)
Dans Vies sauvages, Daniel Fohr porte une égale attention sur un puma, une musaraigne, un vétérinaire ou le directeur du zoo. Tous, ils ont leur personnalité, leurs envies, leurs nécessités et tous ils interagissent dans cette histoire qui démarre calmement pour devenir joyeusement chaotique au fil des pages.
L’auteur pose aussi des enjeux secondaires tels que la vie animale en captivité ou l’activisme écologique (j’ai failli écrire écoterrorisme – comme si ça existait ailleurs que dans les médias) sans donner de direction morale au lecteur ni d’indication quant à sa propre sensibilité ce qui révèle une belle humilité.
Cerise sur le gâteau, le roman même s’il n’a sans doute aucune prétention de cette sorte, est aussi riche d’informations zoologiques que peut l’être un reportage animalier.
Œuvre antispéciste qui ne se propose aucunement comme un manifeste politique, Vies sauvages fait partie de ces romans qu’on hésite à prêter à nos proches ou à garder jalousement en vue de les relire.
L’auteur

Enseignant, journaliste, rédacteur, directeur de création, Daniel Fohr est né en Algérie, a vécu au Vietnam, en Italie et au Venezuela. Il habite aujourd’hui à Paris et se consacre depuis quelques années exclusivement à l’écriture. Il est l’auteur, entre autres, de Un mort par page (Robert Laffont, 2010), L’Éclair silencieux de Catacumbo (Robert Laffont, 2014), Retour à Buenos Aires (Slatkine&Cie, 2018) et de La Vague qui vient (Inculte, 2023).
Vies sauvages, de Daniel Fohr est édité par Inculte.
Le livre broché de 256 pages est vendu 22€.
Paru le 21 août 2024.

Pas particulièrement pince, mais je te l’emprunterais volontiers…
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Mort de rire. Je te le prêterai d’autant plus volontiers que jusqu’à preuve du contraire je ne suis pas ta belle-sœur.😁
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