Les Ombres du monde, de Michel Bussi

Au titre des préjugés nazes qui furent les miens, il y avait (je le mets au passé, note bien) cette idée selon laquelle les auteurs mainstream ne méritent pas mon intérêt. Non pas que je les snobe mais s’il sont déjà lus par des millions de lecteurs, je préfère(ais) m’intéresser à d’autres moins connus… Ainsi, le tiercé Bussi, Musso, Lévy, très peu pour moi.

Mais voilà que le premier roman que j’ai le privilège de lire en qualité de juré du Prix du Roman FNAC 2025 n’est autre que Les Ombres du monde, de Michel Bussi !

Pour être franc, je n’avais pas le sentiment que ça commençait vraiment bien…

Le résumé

Octobre 1990.

Le capitaine français Jorik Arteta, en mission au Rwanda, rencontre Espérance, jeune professeure engagée dans la transition démocratique de son pays.

6 avril 1994.

Un éclair déchire le ciel de Kigali. Le Falcon du président rwandais explose en plein vol. Commencent alors cent jours de terreur et de sang.

Les auteurs des tirs de missiles ne seront jamais identifiés.

Quelqu’un, pourtant, connaît la vérité.

Noël 2024.

Jorik, sa fille et sa petite-fille s’envolent pour le Rwanda. Tous poursuivent leur propre quête, tourmentée par les ombres et les fantômes du passé.

Une œuvre magistrale où Michel Bussi fait entrer l’Histoire dans le roman et le roman dans l’Histoire, articulant, en maître du suspense, la construction romanesque avec les faits historiques.

Ce que j’en dis…

Pour une fois, j’ai décidé de ne pas lire le résumé de la quatrième de couverture avant de commencer ma lecture. Comme par ailleurs j’ai reçu une version des épreuves non corrigées, il n’y avait pas non plus d’illustration de couverture pour m’influencer. J’ai lu, tout simplement. Et je me suis très rapidement passionné pour l’histoire.

J’avais déjà lu des livres qui traitent du génocide rwandais, notamment Un génocide pour l’exemple, de Fabrice Epstein (Le Cerf, 2019) qui raconte les six mois du procès de Pascal Simbikangwa.

Les Ombres du monde est toutefois très différent dans la mesure où c’est un roman. Toutefois il n’en est pas moins un puissant réquisitoire accablant le gouvernement français de François Mitterrand, l’Organisation des Nations Unies et l’ensemble de la communauté politique mondiale en raison de leur inaction, voire de leur complicité en rapport avec ce génocide.

Michel Bussi ne se prive d’ailleurs pas d’être précis, témoin cette balle perdue p. 416 à propos de Jean d’Ormesson : « D’autres, plus instruits, lisaient les articles du grand écrivain français Jean d’Ormesson, envoyé spécial pour découvrir le Rwanda aux côtés de nos troupes, et dont les textes publiés dans la presse nationale charriaient les pires préjugés racistes et colonialistes, résumés par ces mots révoltants d’inhumanité : « Ce sont des massacres grandioses dans des paysages sublimes. » « 

Le procédé stylistique quant à lui est très intéressant puisque le récit est situé dans différentes temporalités : les années précédant le génocide, l’année 1994 où les actes furent perpétrés, ce récit se trouvant rédigé dans un cahier écrit par Espérance et lu par sa petite-fille Maé en 2024, autre temporalité, présente, mais aussi parfois en 2028 dans le cadre de tribunaux populaires durant lesquels sont jugés des génocidaires. En dépit de cette singularité peut-être parfois difficile à maîtriser, le récit n’est nullement embrouillé ou difficile à suivre.

De plus les personnages sont facilement identifiables même si les patronymes rwandais avec lesquels je ne suis pas familier m’avaient d’abord fait craindre une difficulté sous ce rapport.

Et pour finir, il y a des surprises, des revirements de situation, tout ce qu’on aime dans un bon roman.

C’est donc avec beaucoup de plaisir et une grand reconnaissance envers la FNAC et Les Presses de la Cité que j’ai lu Les Ombres du monde et que je me suis débarrassé des préjugés stupides que j’avais à propos de Michel Bussi qui mérite vraiment ce formidable succès dont il est l’objet.

Mea culpa.

Les Ombres du monde, de Michel Bussi est publié par les éditions Les Presses de la Cité.
Le livre broché de 576 pages est vendu 23,90€.
Paru le 14 août 2025.

10 commentaires

  1. Vous êtes très fort ChG ! Je ne peux quasiment plus lire de livres « papier » à cause de ma vue qui m’abandonne et je songeais à me désabonner pour pensais-je ne plus subir de frustration en constatant votre capacité à dévorer les livres et votre talent pour donner envie de les lire (ou pas parfois). Mais je suis désormais accroc à la drogue de vos teasings que je lis dès leur ap-pari/ution (et conserve souvent)… Hier jai commandé à Joan Ott son Je Veux et J’Exige, et précommandé Memoria dont vous n’avez encore rien dit. Et ô surprise Joan me maile avoir déjà expédié sans avoir reçu ce qui lui est dû. Quelle confiance ! (je lui avais déjà acheté Les Ephémères) Donc merci bcp à tous les 2. MH Faure

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    • Chère Marie-Hélène,

      Je suis très heureux de contribuer aussi modestement soit-il à la promotion de ces auteurs plus ou moins connus. Joan est effectivement une belle personne indépendamment de ses indéniables qualités artistiques.

      Je vous suis très reconnaissant pour votre fidélité, ne vous désabonnez surtout pas, je parle aussi parfois de très bons livres audios.

      Avec sincérité,

      Christophe

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      • Ah les livres audio… je pensais que ce serait idéal. Eh bien pas du tout. J’ai voulu commencer l’écoute par un roman de Duras. Je n’ai pas supporté que ce soit une autre voix que la sienne et même la façon de lire certaines phrases. Bon c’était un texte que je connaissais et ça a faussé la façon dont j’ai abordé ensuite l’écoute de textes inconnus : il m’arrivait de me demander si l’auteur avait vraiment donné son aval ou l’aurait donné. Ça me perturbait parfois. Donc je ne suis pas adepte mais je connais bcp d’audiophiles très satisfaits. Bravo pour la technologie. Non je ne me désabonne pas 😀car je suis accroc vous dis-je et puis interessée aussi par les propositions des autres contributeurs/trices en particulier Corinne alias alsacedoller. Cordialement MHF

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