Des offenses ordinaires, de Bénédicte Fayet

C’est marrant de constater parfois comme les planètes s’alignent. Ainsi, en septembre, mon amie Annette m’annonce toute joyeuse qu’elle a trouvé un éditeur intéressé par ses nouvelles.

-Tu le connais peut-être : Æthalidès.

-Non, ça ne me dit rien.

Le même mois je participe à la Masse Critique organisée par Babelio et parmi la douzaine de titres pour lesquels j’avais postulé je reçois Des offenses ordinaires, de Bénédicte Fayet aux éditions… Æthalidès. Comme par hasard.

Le résumé

Frédéric est un chômeur solitaire de cinquante ans, tout pétri de bon vouloir, qui accumule les déconvenues et se voit pris au piège d’un système qui le transforme en pitre. Jusqu’au jour où, sous ce grand chapiteau qu’est Pôle emploi, il rencontre Delphine, chômeuse solitaire comme lui, abimée, mais indomptable. Leurs chemins se rejoignent tandis que la colère monte dans le pays et que s’allument les premiers feux des Gilets jaunes.

Ce que j’en dis…

Dans le contexte précisé en introduction, il est évident que j’ai prêté une attention plus qu’ordinaire à ce livre. L’objet d’abord, la qualité du papier, de la couverture, la mise en page, des détails auxquels on ne fait pas attention d’habitude, peut-être pas assez. Irréprochable.

Le contenu ensuite, évidemment. La qualité du texte, que je qualifierais de soutenu. C’est rare d’avoir le curseur à un tel niveau pour dire vrai. Sans que cela soit ostentatoire ou pédant par ailleurs. C’est juste du très bon français, comme on en fait de moins en moins.

Puis l’histoire, l’intrigue dirons-nous, qui brille de cet éclat si fragile du quotidien, de cette lumière naturelle que les artifices en tous genres du monde moderne nous feraient presque oublier. Une histoire non pas de précarité mais de son imminence. Ce qui est plus dramatique encore. Parce que la précarité on peut s’y habituer. Des millions de personnes s’en accommodent. Mais l’imminence de la précarité, le risque grandissant jour après jour de perdre ce qui rendait la vie agréable, le souffle de la bête qui se rapproche de notre nuque si vulnérable. On ne peut pas s’en accommoder. On renonce ou bien l’on se bat. Frédéric a décidé de se battre, à armes inégales avec un système qui ne veut plus de lui, mais sans jamais baisser les bras. Delphine a décidé de le supporter, entendez de le soutenir, même si tout semble perdu d’avance, même si elle a déjà tout perdu, elle garde espoir, un espoir comme un étendard, comme une revendication permanente. Nous voulons croire en demain.

Des offenses ordinaires est une chronique sociale qui touchera les quinquagénaires en difficulté, ainsi que les quinquagénaires qui ne le sont pas mais ont entendu les balles siffler pas si loin de leurs oreilles. Ils savent qu’on peut tout perdre très vite.

Bénédicte Fayet parviendra aussi certainement à en émouvoir de plus jeunes qui ont déjà perdu la naïveté de l’enfant ou du jeune adulte et qui comprennent que le monde du travail ne fait pas de cadeau. Ils découvriront un jour que le monde sans emploi est plus cruel encore.

J’ai vidé mon casier ce matin, licencié après huit ans dans la même entreprise suite à deux ans d’arrêt maladie. Je vais avoir le privilège de recevoir une rente d’invalidité. Ce roman m’a permis de mesurer à quel point je suis béni.

L’autrice

Bénédicte Fayet est née à Colmar (Haut-Rhin) en 1955.  Elle a d’abord été professeure de français avant d’exercer différents métiers en rapport avec le livre, notamment dans l’édition.

Ses deux premiers romans, L’Avancement (1989) et Le Cap d’infortune (1987), ont été publiés aux éditions P.O.L. Parole de Ventriloque (Le Rouergue, 1998) porte la marque de son engagement personnel en faveur des enfants puisqu’elle a été accompagnatrice d’enfants de parents détenus. Après La nuit du Mahalia Blues (La Ptite Hélène, 2020), Des offenses ordinaires est son cinquième roman.

Des offenses ordinaires, de Bénédicte Fayet est publié aux éditions Æthalidès.
Le livre broché de 187 pages est vendu 19€.
Paru le 9 janvier 2025.

5 commentaires

  1. Hello 🌞 J’ai postulé pour ce titre là lors de la dernière Masse Critique de Babelio car le résumé m’a littéralement fait de l’œil mais le sort m’a fait parvenir La révolte des indignés, ce qui en soi, fait partie du thème, mais là n’est pas le sujet 😅 Juste pour te dire qu’après avoir lu ta chronique, je suis convaincue qu’il faut que je lise ce roman 🤩 Merci à toi pour la découverte et félicitations pour ta rente ( en vérité, j’ignore quels sont les usages appropriés dans des cas comme ça mais tu as l’air de voir le bon côté et ton optimisme est encourageant et contagieux ✨) Je te souhaite de bien profiter de ton temps libéré, enfin libre et toujours livre ✨

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  2. Hello Aïkà !

    C’est vrai que La révolte des indignés présente quelques similitudes avec Des offenses ordinaires. C’est super que tu puisse lire les deux, tu pourras ainsi les comparer (sans idée de jugement de valeur).

    C’est vrai que la rente est le côté doré de la médaille, une paralysie des releveurs du pied droit est le prix à payer, pas si cool, mais comme tu le fais si bien remarquer il faut voir le bon côté des choses (le pied gauche donc).

    Merci beaucoup pour ton commentaires et bonnes lectures automnales.

    Christophe

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  3. Je te souhaite non pas une belle retraite mais une belle invalidité, cher Christophe. Quant au monde du travail… David, après deux ans sans rien, pas même le RSA (je suis trop riche de 70 euros !) a retrouvé une belle mission, fort bien rémunérée. Mauis après la mission ? Mystère. En attendant : carpe diem.

    Une bise,

    Joan

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