Agadir, Maroc, dix heures du matin. Le soleil brille et je suis en T-shirt. Le mois de décembre comme je l’aime. Je vais aller prendre un bon petit déjeuner dans le quartier mais avant cela il faut que je vous parle du livre que j’ai lu dans l’avion durant le vol Mulhouse-Agadir, Colorer le monde, de Mu Ming, aux éditions Argyll.

Le résumé
Dans une société où les implants ont changé la perception du monde, Amy souffre d’un sentiment d’exclusion à cause de sa vie « non corrigée ».
Toutefois, depuis la découverte de L’Odyssée et sa description de la mer « vineuse » par Homère, la jeune fille se pose des questions sur la subjectivité des couleurs. À l’âge de douze ans, elle convainc ses parents de lui permettre l’implantation de correcteurs rétiniens afin d’élargir son spectre de vision mais, aussi, de mieux s’intégrer.
L’opération est un succès, mais jusqu’à quel point ?
Traduit du chinois par Gwennaël Gaffric.
Ce que j’en dis…
Je suis heureux de découvrir la collection RéciFs des éditions Argyll à travers cet ouvrage. Elle regroupe des textes courts, écrits par des femmes de tous les pays qui œuvrent dans la littérature de l’imaginaire.
Le présent livre contient deux nouvelles de l’autrice chinoise Mu Ming : Colorer le monde et Qui possède la lune ? Deux récits qui explorent le concept de la réalité augmentée.
Colorer le monde met en scène Amy, une jeune fille dont la maman est artiste peintre, manifestement rétrograde, une femme qui résiste un temps à l’envie de son enfant qui souhaite bénéficier de l’implantation de correcteurs rétiniens capables d’élargir son spectre visuel et sa perception des couleurs. Elle est certainement la seule de sa classe à ne pas en bénéficier.
Mu Ming écrit avec une prodigieuse délicatesse et cette nouvelle est évidemment riche en couleurs. Mais la thématique abordée est aussi extrêmement intéressante. L’autrice traite du sujet non pas seulement de la réalité augmentée mais aussi de l’humanité augmentée, ici grâce à une perception phénoménale du spectre lumineux. Mais là où nombre d’auteurs de SF se penchent sur la question des différences de classe face aux progrès technologiques, Mu Ming aborde celui de notre imperfection fondamentale et de la façon dont elle nous place face à notre véritable potentiel de perfectibilité. Avant de vouloir donner aux humains des capacités supérieures comment considérer pleinement la notion de handicap. L’angle de vue est très original, finement pensé et absolument intéressant.
Dans la seconde nouvelle, Qui possède la lune ?, l’autrice aborde le sujet des NFT (non fungible tokens) qui sont à l’art ce que la cryptomonnaie est à l’argent.
L’héroïne est une conceptrice 3D de talent, plus attachée à l’esthétisme qu’au matérialisme. Mais quand le matérialisme, le consumérisme et la soif de posséder gagnent même le monde virtuel, que devient le rôle de la conception artistique et quelle en est la valeur ? L’art peut-il devenir un simple produit ?
Voilà encore un récit troublant, à l’esthétisme léché et terriblement intéressant.
Mu Ming porte sur le monde un regard d’une exceptionnelle acuité et sa plume est technique sans être rébarbative, à la croisée de la High Tech et de la poésie, exceptionnelle.
Colorer le monde de Mu Ming est publié par les éditions Argyll.
Le livre broché de 120 pages est vendu 9,90€.
Paru le 7 novembre 2025.

Cher Christophe,
Encore une fort jolie chronique !
Des bises et bon soleil – ici, bof ! c’est tout gris et humide,
Joan
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Merci Joan 🙂
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