L’Éden à l’aube, de Karim Kattan

Tout comme Le Jardin de Georges de Guenaelle Daujon, L’Éden à l’aube de Karim Kattan faisait partie des titres proposés pour le Prix Hors Concours 2025.

C’est d’ailleurs le lauréat. Ainsi que celui du Grand Prix du Roman Métis 2025.

Le résumé

Alors qu’un étrange vent de sable ensevelit la pays, deux hommes se croisent chez tante Fátima. Dans Jérusalem, ville labyrinthe, on se séduit chaque nuit en imaginant des histoires de djinns, de lions, et de chevaliers.

En cette saison démoniaque, Gabriel et Isaac s’aiment, se perdent et se retrouvent, puis décident, en dépit du sable et des checkpoints, de partir en vacances… Mais n’est-ce pas un projet fou dans un pays morcelé ?

De Jérusalem à Jéricho, puis au mystérieux village où l’on oublie de mourir, jusqu’aux piscines de Salomon, c’est une aventure amoureuse, une recherche de lumière et de liberté.

Karim Kattan, auteur magicien, nous raconte de sa voix enchanteresse le ravissement de Gabriel et d’Isaac dans leur Palestine ardue, baroque et fabuleuse.

Ce que j’en dis…

Ce qui frappe de prime abord celui qui découvre la plume de Karim Kattan, c’est son incroyable puissance poétique. Il est, en plus d’être un écrivain, un formidable raconteur d’histoires. Ainsi, L’Éden à l’aube ne consiste pas seulement en la narration de l’histoire d’Isaac et Gabriel mais contient aussi celles que l’un raconte à l’autre et inversement. Ce merveilleux livre fourmille donc d’histoires.

Le fait que l’auteur soit palestinien, ainsi que les principaux protagonistes, et que l’histoire se déroule en Palestine n’est pas un simple détail au vu des évènements qui enflamment actuellement la région. (Même s’il est bon de préciser que le roman a été rédigé avant la nouvelle vague de violence).

L’Éden à l’aube est un roman poétique, une histoire d’amour, pas un brûlot politique. Et pourtant, en racontant les conditions de vie de ces deux garçons devenus hommes sans jamais connaître une liberté digne de ce nom, ni même digne de la façon dont on conçoit la notion de liberté en occident, Karim Kattan dresse un portrait criant de douleur de cette région occupée.

Je tiens à préciser ici que je fais partie des privilégiés qui ont eu la possibilité de séjourner en Israël et en Palestine. Vivre les choses sur place, en dehors de toute considération politique ou religieuse, permet de comprendre, de ressentir, le mal-être ambiant, bien mieux qu’à travers l’escalade de la propagande médiatique. Sous ce rapport, L’Éden à l’aube offre une sorte de possibilité de voyage, dévoilant la réalité sous la poésie.

Un autre point particulier qui m’a énormément plu touche à l’identité du narrateur. Il s’agit du ciel, entendez le ciel physique, le lieu de résidence du soleil, des nuages et des astres indénombrables. Narrateur omniscient s’il en est, mais aussi narrateur sans jugement, qui y aurait pensé ?

Loin d’appartenir à la mouvance LGBTQR+++, je note tout de même que l’auteur montre plusieurs types d’homosexualité : celle des amoureux, celle des oppresseurs et celle des profiteurs, et ce n’est pas toujours la même.

À ce propos, en ce qui concerne les scènes ou l’homosexualité est évoquée, Karim Kattan se défait parfois de sa plume poétique et dit les choses plus crûment, parce que la réalité est crue.

Au final L’Éden à l’aube ne prône ni l’homosexualité ni l’indépendance palestinienne mais il est évident que ces deux communautés prendront beaucoup de plaisir à lire ce très beau livre, il s’y sentiront compris et aimés. Tout comme moi qui ne suis ni homosexuel ni palestinien mais qui ai énormément aimé ce magnifique roman.

L’auteur

Karim Kattan, né en 1989 à Jérusalem, est un écrivain et poète, palestinien et français de Bethléem. Ses œuvres abordent, entre autres thèmes, l’homosexualité, le conflit israélo-palestinien et l’apartheid israélien ainsi que l’intersubjectivité en privilégiant une approche littéraire et symbolique marquée par une forte intertextualité. Il développe également une réflexion sur la Palestine et sur les formes de l’engagement intellectuel et politique à travers la littérature.

En bref

L’Éden à l’aube, de Karim Kattan, est publié par les éditions elyzad.

Le livre broché de 330 pages est vendu 21,50€.

Paru le 30 août 2024.

2 commentaires

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