Shéhérazade et la 602ème nuit de Sophie Fontanel

Trois générations de femmes, comme décor Venise, en toile de fond un des contes les plus célèbres avec son héroïne Shéhérazade et cela nous donne la trame du dernier roman de Sophie Fontanel, mais premier de l’auteure à passer entre mes mains…

Qui n’a pas entendu parler des Mille et une nuits dont l’incomparable conteuse Shéhérazade a fait l’objet de tant d’intérêt ? Pas seulement dans les milieux littéraires mais aussi en musique, celle de Nikolaï Rimsky-Korsakov où elle est incarnée de façon sublime par le violon solo, sans oublier pour autant la très belle pièce de Maurice Ravel.
Pour ma part, elle reste l’héroïne de mes très jeunes années, une sorte de modèle qui surpasse de beaucoup toutes ces princesses passives et languissantes en attente du prince charmant, l’objectif implicite étant de nous formater dès le plus jeune âge pour coller au rôle auquel on nous destinait…Ils furent heureux et eurent beaucoup d’enfants, la belle affaire !

Shéhérazade et la 602e nuit par Fontanel

Résumé

Et s’il existait un texte racontant l’histoire de Shéhérazade, la narratrice des Mille et Une Nuits ? Sophie Fontanel imagine le hors champ, l’envers du décor.
Dans Les Mille et Une Nuits, Shéhérazade se porte volontaire pour épouser un roi cruel qui, depuis trois ans, par crainte d’être trompé, fait exécuter à chaque nouvelle aube la femme qu’il a épousée la veille. Laissant le roi suspendu à un récit qui n’a pas de fin, Shéhérazade – conteuse géniale – fait cesser le massacre, sauve sa peau et invente la littérature. En dehors de cela, que sait-on vraiment du personnage de Shéhérazade ? de ses pensées, de ses doutes, de son visage, de sa voix ? Rien… Une rumeur dit que son histoire est contée dans la « 602e nuit ». Mais personne ne l’a jamais trouvée.
Venise, années 80 : l’excentrique Anahide, Arménienne, s’entête à initier « la vraie histoire de Shéhérazade » à sa jeune nièce, la narratrice… Il faudra des années à cette dernière pour accepter de transmettre à son tour le trésor qu’elle a reçu et pour raconter comment une femme, il y a plusieurs siècles, parvint à opposer sa lumineuse intelligence à la violence du monde.
Du palais des Mille et Une Nuits aux canaux de Venise, des temps anciens à nos jours, les pans du récit s’entrecroisent, pendant que s’écrit la 602e nuit.

Ce que j’en dis :

Le roman de Sophie Fontanel alterne les chapitres du récit contemporain avec ceux du conte lui-même et cela ne fera de mal à personne de se le remettre en mémoire. Au début, dans les années 80, la narratrice, tout juste sortie de l’adolescence, se verra offrir un séjour mémorable à Venise avec sa tante adorée prénommée Anahide, référence faite à son ascendance arménienne, ça ne s’invente pas ! Elle fera de même deux décennies plus tard avec Angèle, alors âgée de 17 ans, la fille d’amis proches avec qui un lien fort se tissera au gré de leurs déambulations dans la ville appelée non sans raison La Sérénissime
D’ailleurs le soin porté à la description des scènes qui se passent à Venise donne vraiment envie de découvrir ou de retourner dans cette ville à nulle autre pareille ! À la question : “ T’y vas pour quoi à Venise ? “ que pose Angèle, la narratrice répond : “ Pour la lumière”.

Que laisse-t-on une fois disparu ? Qu’a-t-on su transmettre ? Est-ce que cela passe nécessairement par la filiation ? C’est avec beaucoup d’humour et de tendresse que l’auteure aborde ces sujets où elle semble aussi mettre beaucoup d’elle-même…

Un beau moment de lecture qui peut faire écho à notre propre histoire, a fortiori quand on se retrouve dans la tranche d’âge de l’auteure…

En bref

Shéhérazade et la 602ème nuit, de Sophie Fontanel, est publié par les éditions Seghers.

Le livre broché de 304 pages est vendu 21€.

Paru le 2 avril 2026.

Un commentaire

  1. Merci pour cet article.

    À propos des 1001 nuits, j’avais aussi beaucoup aimé Bradoulboudour, de Jean-Baptiste de Froment aux Forges de Vulcain. J’ai du en parler un jour ici.

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