Discours de la servitude volontaire, de Etienne de La Boétie

Il figurait dans ma PAL secondaire (j’en ai trois), celle qui se tient dans mon dos lorsque je suis assis à mon bureau, sur une petit étagère toute simple à deux étages.

Elle supporte une cinquantaine de livres que j’ai achetés, chinés, reçus, pris chez ma mère, trouvés dans des boites à livres. Des bouquins que j’ai vraiment envie de lire mais qui doivent attendre leur tour parce qu’ils ne sont pas des nouveautés et que l’actualité prend forcément toujours le dessus.

Quand je reçois les newsletters des ME avec qui j’ai le privilège de cheminer, ou que je suis le fil d’actualités de certains auteurs ou d’autres éditeurs sur les réseaux sociaux, il se trouve systématiquement des livres à paraitre ou fraichement parus que j’ai envie de lire et dont j’ai envie de parler.

C’est ainsi que ma pile secondaire demeure en l’état, je ne sais pas si je dois le déplorer ou m’en réjouir…

Mais alors que je feuilletais le catalogue des éditions de L’Alchimiste, deux univers se sont soudain télescopés : un livre qui dormait dans ma PAL secondaire figurait aussi sur l’écran parmi les nouveautés : Discours de la servitude volontaire, que j’avais trouvé dans une boite à livres sous cette forme …

… m’apparaissait soudain ainsi :

Il n’en fallait pas davantage pour que je me décide enfin à découvrir ce grand classique lu par des milliers d’élèves en classe de philo mais ignoré d’un nombre encore plus grand de ceux qui n’y ont jamais mis les pieds et dont je suis du nombre.

Je me décidai pour la seconde édition. Mais tu l’avais peut-être déjà deviné.

Le résumé

Comment est-il possible que tant d’hommes, tant de nations, supportent un tyran qui n’a de puissance que celle qu’on lui donne ? Qui n’a le pouvoir de nuire que parce qu’on accepte de l’endurer ? La domination ainsi subie peut-elle être autant du fait du tyran que de celui qui s’y soumet ? Voilà ce à quoi Étienne de La Boétie nous enjoint de réfléchir.

Si ce réquisitoire contre la tyrannie a été écrit au XIVe siècle, il n’a cessé d’être réédité depuis.

Ce que j’en dis …

Il s’en trouve des dizaines de ces ouvrages dont on connait le titre et l’immense popularité et qu’on n’a pourtant jamais lus.

En ce qui concerne Discours de la servitude volontaire, il est évident après lecture que cette lacune méritait d’être comblée.

Précisons d’abord que si j’ai opté pour l’édition de L’Alchimiste c’est parce que cette maison d’édition à laquelle je suis attaché proposait une version du texte en français moderne. Il est utile de préciser qu’il fut écrit par Etienne de La Boétie au XVIème siècle.

Effectivement, cette édition moderne est particulièrement abordable et se prête fort justement à la grande modernité du propos de l’auteur.

Notons que comme le texte en lui-même est relativement court, les différentes éditions sont souvent augmentées d’un autre ou de plusieurs autres textes. Ici, il s’agit d’un avant propos de Charles Teste (1638) dont la plume met en appétit et aiguise les sens du lecteur qui devient curieux de découvrir le fameux Discours tout en se délectant de la franchise et de l’humour tranchant de cette belle introduction.

Le Discours de la servitude volontaire en lui-même est un moment de plaisir tant il éveille en son lecteur cette naturelle soif de liberté étrangement tue et contrainte par chacun.

L’auteur y détaille les raisons de ce paradoxe et montre les mécanismes de l’asservissement à ceux qu’on appelle les Puissants alors qu’ils ne sont que de simples humains, se basant sur des figures de tyrans de l’antiquité. Il en ressort qu’ils ne sont investis que de l’autorité que leur accorde la plèbe, laquelle se plaint parfois de cette domination mais ne cesse de la réclamer à grands cris.

Comme les Juifs qui supplièrent Samuel d’accorder un roi à leur peuple et qui obtinrent Saül.

Comme les citoyens vivants en démocratie, élisant des dirigeants qu’ils se hâtent de conspuer au sortir des urnes.

Il analyse aussi le rapport entre les dirigeants et les nantis, montre la fragilité de ce rapport et la défiance naturelle qui de part et d’autre établit l’hypocrisie de la relation.

J’ai particulièrement apprécié de quelle façon Etienne de La Boétie pointe du doigt le rôle du commerce dans l’abêtissement des moins fortunés, une vérité d’une grande modernité, qu’on ne saurait décrier aujourd’hui et qu’il décela déjà en 1548 !

Pour ceux qui l’ignoreraient et cela va sans doute en décider certains à le lire à leur tour ( je suis persuadé que je n’étais pas le seul à l’avoir dans ma PAL), précisons qu’Etienne de La Boétie rédigeât son Discours à l’âge de 18 ans !

Si elle ne figure pas déjà parmi vos livres, je vous recommande évidemment la version moderne des éditions de L’Alchimiste.

Discours de la servitude volontaire, de Etienne de La Boétie, est publié aux éditions de L’Alchimiste.
Le livre broché est vendu 8,50€.
La version électronique est vendue 3,99€.
Paru le 2 mai 2023.

4 commentaires

  1. Sûrement plus accessible dans cette nouvelle traduction…
    J’ai dans ma bibliothèque cet ode à l’amitié entre Montaigne et La Boétie, « Et qu’un seul soit l’ami » de JM Delacomptée, où se trouve encore un marque-page au tiers de l’ouvrage. C’est l’occasion de m’y replonger…

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