Ligne Rouge, de François Chevallier

Lorsqu’on lit beaucoup de polars ou de romans noirs, on arrive à un certain point où tous les romans se ressemblent un peu ; il est vraiment rare que certains livres sortent réellement du lot.

Mais en ce qui concerne Ligne Rouge, je peux affirmer sans crainte de me tromper qu’il est vraiment très différent de ce que à quoi on est habitué en la matière.

On aimera ou pas, mais François Chevallier frappe par sa liberté de propos.

Le résumé

Antoine Blondel, 50 ans, ancien flic devenu détective privé est engagé par un haut fonctionnaire en retraite pour rouvrir le dossier de sa fille Louise. Étudiante à Sciences Po, engagée à l’extrême gauche, elle a disparu cinq ans plus tôt. Antoine est bientôt rejoint par Vincent Le Goff, 26 ans, journaliste de terrain pour le magazine d’investigation controversé Ligne Rouge.

La piste d’un réseau de trafic de mineurs se dessine derrière le paravent d’une idéologie progressiste, avec la complicité des institutions. D’auditions en filatures, de la banlieue à la province, l’enquête mobilise toute l’équipe du journal, ainsi qu’un hacker lanceur d’alerte et un avocat à contre-courant. Elle poussera jusqu’à Bruxelles et Budapest, se transformant bientôt en séisme politique.

Quant à Antoine et Vincent, ils forment bientôt un duo aussi inattendu qu’incandescent. Entre ces deux hommes que tout oppose – l’âge, l’expérience, le caractère – se tisse un lien puissant que ni l’un ni l’autre n’avait prévu.

Un récit immersif et transgressif, à mi-chemin entre Millénium et Houellebecq, ciselé dans une écriture nerveuse, sensorielle et cinématographique. Le roman noir politiquement incorrect que la fiction française contemporaine n’avait pas encore osé écrire.

Ce que j’en dis…

Lorsque je lis le résumé des livres autoédités, j’ai souvent le sentiment qu’on abuse gentiment de ma confiance, qu’on survend le produit. Pas là. François Chevallier, puisque c’est très probablement lui qui a écrit ce résumé, est exact dans cet abrégé même s’il ne dit pas tout. Et c’est ce tout qui m’a magistralement surpris.

Parce qu’à l’heure où le monde de la littérature et de l’édition se focalise sur l’empire Bolloré et redoute une extrême droitisation de la pensée, François Chevallier va à contre courant de la pensée globale et offre un roman de grande qualité sur le plan narratif mais effectivement impolitiquement correct dans la mesure où les protagonistes principaux (entendez les gentils) sont des identitaires patriotes et décomplexés qui n’ont de cesse de dénoncer l’islamo-gauchisme, le wokisme et le racisme anti-blanc d’un bout à l’autre du récit.

Une originalité qui ne plaira pas forcément à tout le monde mais dont il faut reconnaitre l’audace.

Ainsi, le journaliste freelance Vincent Le Goff ressemble beaucoup à un autre Vincent (Lapierre, pour ne pas le citer) et Ligne Rouge, le journal pour lequel il travaille, est plus proche de Valeurs Actuelles que de Médiapart. Quant à son binôme Antoine, c’est un quinqua réactionnaire qui s’assume comme tel. Évidemment, ça gratte un peu, mais bien que n’épousant nullement les thèses de l’extrême droite (pas plus que celles de l’extrême gauche ni aucune autre soit dit en passant), je dois reconnaître que le roman est bien écrit, bien construit et irréprochable sur le plan de la qualité narrative.

Maintenant, soyons honnête : il est évident que de plus en plus de personnes trouvent plaisir à cette pensée souverainiste, cela ne se voit pas seulement dans les urnes mais aussi (et surtout) sur les réseaux sociaux. Il y a donc un public cible qui existe et un contexte politico médiatique plutôt avenant pour Ligne Rouge.

Pour moi, même si l’exercice de lecture était intéressant, je dois avouer que si la forme est effectivement plus que correcte, le fond ne m’a pas séduit. Je suis attaché à la diversité, pas sur le plan politique mais dans mon quotidien ; je suis blanc, ma femme est antillaise, mes enfants sont de sang mélangé, j’ai une petite fille dont le père est maghrébin… et nous sommes tous très heureux ensemble. Je vis dans une ville cosmopolite et ça me plait beaucoup. Mais c’est vrai que je suis parisien, que j’ai grandi dans cette ambiance et que je l’aime depuis toujours (même si mon père me promettait que je deviendrais forcément raciste en vieillissant. Papa, tu t’es trompé.)

Ainsi, j’ai été séduit par l’exercice de style mais pas du tout par les idées, exprimées en des termes nullement voilés (on appréciera le jeu de mots), à l’instar de ce dialogue entre Vincent et Antoine qui découvrent la Hongrie et dont je vous livre un court extrait de la page 401:

Partout régnait une atmosphère paisible, civilisée, intacte. Les regards étaient directs, mais pas hostiles. Une impression d’harmonie policée, de sécurité totale, qui, venant de France, paraissait irréelle.

– T’as remarqué ? dit-il, se tournant vers Antoine. Y a que des Blancs.

Ce spectacle d’un peuple européen homogène aurait dû paraître banal, et pourtant frappait ici comme une étrangeté. Antoine haussa légèrement les épaules.

– C’était comme ça chez nous aussi, jusqu’à y a pas longtemps. Les premiers Noirs qu’ont vus mes grands-parents, c’étaient les GI’s à la Libération. Et mes parents, pareil : plus vu aucun avant de débarquer à Paris à vingt piges. L’Europe, à la base, c’est les Blancs, comme tu dis.

Ou encore, page 496, un parallélisme osé :

– Que les hijabs et les casquettes à l’envers ont remplacé les croix gammées et les uniformes vert-de-gris. Que les antifas sont les nouveaux miliciens. Et pour pas s’en rendre compte, faut soit être soit idiot, sois être complice.

Puis il lâcha, assez fort pour que tout le monde puisse l’entendre :

– Voilà ce que je veux dire Alex. C’est nous qu’on traite de fachos… mais les vrais collabos, c’est eux.

Voilà qui peut surprendre, séduire, ou déplaire mais qui ne laissera pas indifférent.

Vous avez dit clivant ?

L’auteur

Psychologue de profession, François Chevallier a travaillé sur les questions d’embrigadement et d’emprise sectaire, d’identité masculine ainsi que de fragilisation des repères dans l’Occident contemporain.

Ayant longtemps exercé au cœur du XIème arrondissement de Paris, les tragédies collectives de Charlie Hebdo et du Bataclan, qu’il a vécu de près, ont marqué sa vision des fractures et des tabous de notre société.

En bref

Ligne Rouge, de François Chevallier, est auto édité et disponible sur Amazon.

Le livre broché de 520 pages est vendu 20,99 €.

Paru le 21 février 2026.

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