Le monde de la littérature francophone est tellement vaste et varié qu’on n’est jamais à l’abri d’une belle surprise. Un bon roman, un nouvel auteur, une chouette maison d’édition.
C’est le combo parfait auquel j’ai eu droit en lisant Les béliers d’Ahmed Fouad Bouras aux éditions Emmanuelle Collas.

Le résumé
Ouahab a grandi en France. À la demande de son père, il se rend en Algérie où il a tout à découvrir. Son demi-frère, Abderrahmane, berger aux fréquentations douteuses, ne voit pas son arrivée d’un bon œil. Pilier de la famille, Rahma, sa demi-sœur à la lame affûtée, est partagée entre la raison, l’amour et la liberté. Le père, ombrageux et déjanté, surveille la fratrie. Il y a aussi les béliers, véritables personnages qui non seulement se battent, mais entraînent les hommes dans leurs combats.
Cette histoire familiale, habilement construite, nous emmène dans l’Algérie des années 2000, celle de la ville autant que de la ruralité, avec des quartiers populaires et des road trips, celle des arènes, des bêtes et des hommes. Grâce à un humour décapant et à une écriture enlevée, flamboyante et maîtrisée, Ahmed Fouad Bouras aborde des thèmes omniprésents dans la société : la relation avec le père et les liens du sang, le rôle des femmes et les moyens de leur émancipation ailleurs qu’en Occident, les relations entre homme et animal, la maladie et le handicap, les espoirs perdus et le sentiment amoureux.
Ce que j’en dis…
Avec Les béliers, j’ai vraiment eu le sentiment d’effectuer un séjour en Algérie. Il y a une totale immersion dans la culture algérienne, son mode de vie, ici plutôt rurale, pastorale. Mais aussi ces rapports intra-familiaux qui peuvent frapper par leur âpreté. Sans aller jusqu’à évoquer un véritable choc culturel, on peut sans hésiter parler d’un réel dépaysement.
Il est bon de se rappeler que ce qui fait un pays, plus que son gouvernement, ce sont les gens qui y vivent. Et la littérature est un excellent moyen de rapprochement entre les peuples.
Les personnages sont truculents sans être grotesques : un père et un fils tous deux atteints du terrible syndrome de Gilles de la Tourette, un mouton qui s’appelle Gorbatchev, des bergers qui organisent des combats de béliers et se rêvent narcotrafiquants. Ahmed Fouad Bouras dont c’est le premier roman aurait pu se livrer à un exercice d’écriture comique mais ce qui ressort le plus de son livre c’est une forte impression d’authenticité.
Certes, le livre n’est pas dépourvu d’humour mais le fond est rude et s’il m’a fait parfois sourire c’était sans me libérer totalement d’une pénible réalité, la difficulté de l’existence.
Chacun des personnages dans Les béliers mène une vie à portée de rêve mais sans jamais les atteindre, comme si la famille dont il est question dans ce roman était placée sous le sceau d’une imparable malédiction.
L’auteur bénéficie d’une plume précise et d’une grande maîtrise de la narration qui m’a un peu pris à contrepied. Alors que les premières pages semblaient annoncer un simple récit familial peut-être un peu naïf, Les béliers tient bien plus d’un roman social qui montre clairement les réalités de la société algérienne. Sans se plaindre, sans revendiquer, Ahmed Fouad Bouras, avec humour et subtilité donne simplement à voir et à compatir.
Plus qu’une simple lecture, ce roman m’a offert quelque chose qui relève du voyage, presque de l’expérience. Un premier roman qu’on ne peut que saluer respectueusement et encourager à lire.
L’auteur

Né à Alger, Ahmed Fouad Bouras est chirurgien des hôpitaux. Il vit des deux côtés de la Méditerranée. Les béliers est son premier roman.
Les béliers d’Ahmed Fouad Bouras est publié par les éditions Emmanuelle Collas.
Le livre broché de 315 pages est vendu 21,90€.
Paru le 7 mars 2025.

[…] découvert très récemment les éditions Emmanuelle Collas avec Les béliers d’Ahmed Fouad Bouas et j’ai d’abord eu le plaisir de retrouver une illustration […]
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