Desdemona, de C. S. E. Cooney

Si vous aimez la fantasy et que vous ne connaissez pas encore la collection RéciFs de la très belle maison d’édition Argyll, ce qui me semblerait constituer un paradoxe, mais enfin, les paradoxes nous entourent de part et d’autre, je vous conseille fortement de lire Desdemona, de C. S. E. Cooney, l’un des deniers titres parus dans cette collection.

Le résumé

Autrefois, la Fleur-Monde représentait l’harmonie entre Athe, royaume des mortels, le Valwode, monde des bien-nés, et Bana l’Os, celui des kobolds. Mais aujourd’hui, les portes entre les mondes semblent définitivement fermées…

Riche héitière superficielle et gâtée, Desdemona Mannering écume les soirées mondaines en compagnie de son ami Chaz, indifférente à l’origine de la fortune familiale. Jusqu’au jour où la jeune femme surprend son père en train de conclure un marché avec une mystérieuse silhouette : un gisement de pétrole contre la vie de ses propres ouvriers…

Rongée par la culpabilité, Desdemona décide de se rendre dans les Mondes du dessous pour rétablir la situation. Mais pour espérer réussir, il lui faudra d’abord sauver le royaume du Valwode, dont les rêves s’effritent, menaçant l’équilibre de la Fleur-Monde …

Ce que j’en dis…

Commençons par un poil d’objectivité : si le résumé vous semble un tant soit peu hermétique et que cet hermétisme vous rebute, ne vous aventurez pas plus loin que la couverture parce que vous allez être tellement abasourdis par la suite que vous aurez sans doute du mal à vous en remettre.

Mais si vous salivez déjà, vous allez vous régaler comme jamais à ce somptueux festin de fantasy extraordinaire !

D’abord, C. S. E. Cooney offre un univers très visuel et somptueusement fantasmagorique. Et plus on avance dans la lecture et plus en en prend plein les mirettes. Cette étrange lecture m’a souvent fait penser au Faust de Goethe par son ambiance très particulière où les personnages ont l’air d’être confrontés à des enjeux qui les dépassent et où même le lecteur peut se sentir submergé par moments. Desdemona agit sur l’esprit comme une substance psychotrope et alors qu’on lit ce court roman, rien n’est jamais figé, tout bouge, tout évolue, tout est en mouvement et paradoxalement l’expérience est aussi très contemplative.

L’histoire est somme toute assez simple : une fille de bonne famille surprend son père en train de conclure une affaire pour le moins amorale et souhaite passer derrière lui pour rétablir la justice. L’enjeu moral est passé, l’idéal est universel, on est bon.

L’évolution des personnages est là aussi, vraiment au-dessus du lot, C. S. E. Conney place le curseur à un niveau olympien. Desdemona, superficielle en diable, devient peu à peu une idéaliste éprise de justice sociale, son ami Chaz devient… Non, ça je préfère vous laisser le découvrir par vous même, c’est un glow up d’une modernité propre à ravir Rivers Solomon en personne.

Les personnages des Mondes du dessous eux-mêmes sont en constante évolution et je constate en l’écrivant que je reviens à ce qui caractérise ce livre : le mouvement dans l’immobile. Même quand une situation à l’air figé, même quand le temps est suspendu, les choses changent, les personnages évoluent, l’histoire avance, irrésistiblement.

Pour finir, j’insiste sur l’esthétisme léché qui parachève l’œuvre, imprègne chaque scène et donne à l’univers une touche d’onirisme où même le cauchemar est empreint de beauté.

L’autrice

Claire Suzanne Elizabeth Cooney est une écrivaine américaine œuvrant dans les littératures de l’Imaginaire. Élève de l’immense Gene Wolfe, elle a remporté deux fois le World Fantasy Award.

Dans une prose élégante saupoudrée d’une pointe d’humour pince-sans-rire, Cooney signe avec Desdemona une fantasy sombre, baroque et foisonnante, propice aux métamorphoses et au changement.

En bref

Desdemona, de C.S.E. Cooney est publié par les éditions Argyll.

La traduction de l’anglais (USA) est signée Anne-Sylvie Homassel.

Le livre broché de 220 pages est vendu 14,90 €.

Paru le 3 avril 2026.

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