Merci à la plateforme SimPlement qui me permet de découvrir parfois des lectures insolites, inclassables, mais tellement intéressantes. Loin de la littérature mainstream et convenue, Eddie Smigiel nous offre un récit très particulier, loin, très loin des sentiers battus.

Le résumé
Août 1944, Paris. Tandis que les FFI et la Wehrmacht se disputent chaque rue, chaque quartier, le petit Edgar provoque une patrouille allemande et se retrouve enfermé dans un cachot. Demain, il sera fusillé. Son grand frère, Roland, s’engage dans une opération aussi téméraire que périlleuse pour le libérer.
À la radio, une émission littéraire. L’invité, un chercheur et critique, vient évoquer l’œuvre de deux frères écrivains disparus dont leur roman inachevé : La chanson d’Edgar et Roland.
Quelque part, quelque temps : un narrateur anonyme raconte comment il s’est tourné vers l’écriture, et a inventé un monde littéraire à tiroirs…
Ce que j’en dis…
C’est avec un sourire amusé – en pensant à la façon dont les critiques littéraires se font vilipender dans cet ouvrage singulier – que j’écris ma chronique. (Bien que je ne sois pas un véritable critique littéraire mais un usurpateur chevronné, peut-être talentueux par ailleurs.)
Avec cette couverture malheureuse qui ne lui rend pas hommage (pardonnez ma franchise) La chanson d’Edgar et de Roland est la chose la plus insolite qu’il m’ait été donné de lire récemment. Cela tient principalement à la construction narrative. Le résumé l’évoque mais c’est une expérience de le lire.
Eddie Smigiel propose trois récits en un. Pas totalement inédit mais assez rare pour être souligné. On peut parler de méta roman pour aider à comprendre mais c’est plus que cela. Je vais donc tacher d’être simple : dans un premier temps il y a l’histoire de ces deux jeunes frères qui vivent au plus près la libération de Paris à la fin de la deuxième guerre mondiale, c’est La chanson d’Edgar et Roland à proprement parler. Dans un second temps, il y a cette émission radiophonique consacrée à la littérature où un érudit ( Stefan Smeig, c’est gonflé mais c’est marrant) décrypte cette œuvre écrite à quatre mains par les frères Schmiegelstein dont le texte original a disparu mais qui se trouve seulement évoqué de part et d’autre. Outre cela (j’ai dit que je ferai simple) il y a ce texte rédigé à la première personne – qu’on aimerait attribuer à Eddie Smigiel en personne mais en se doutant bien qu’il s’agit d’un piège – dans lequel un écrivain nous fait part avec violence de son travail et de ses frustrations.
La magie du procédé c’est que chaque intervention rend plus captivante la suivante. L’émission littéraire (par ailleurs insupportable du fait du niveau de pédanterie des intervenants) donne néanmoins un relief incroyable à l’aventure des deux frères. Et l’intervention de l’auteur furibond donne à apprécier l’ensemble avec une empathie démesurée.
C’est vraiment cette troisième intervention que j’ai le plus aimée, tellement proche de ma propre réflexion (en moins fâché quand même) et je ne résiste pas à l’envie de vous en livrer un court extrait de la page 170 :
« Si tu me dis que tu adores ce que j’écris, bien sûr, je me sentirais flatté. Il est toujours doux et agréable d’entendre un compliment. Mais si ça se trouve, tu as des goûts de chiottes, et alors je suis bien avancé. Maintenant, si tu me dis que tu n’aimes pas, alors là, tu as assurément des goûts de chiottes et qu’est-ce que tu veux que ça me foute, ton avis ? »
Je réserve pour mon bon plaisir celle de la page 128 où il dégueule sa haine acerbe (ce n’est pas un pléonasme, c’est un euphémisme) des éditeurs parce que je ne voudrais pas qu’un éditeur prenne le truc au premier degré et renonce à s’intéresser au sieur Eddie Smigiel.
L’auteur

Eddie Smigiel est physicien, enseignant-chercheur à Strasbourg.
Dans ses livres, il explore ce que les équations de la physique sont incapables de raconter : les rapports humains et notamment comment ils enferment, les luttes du quotidien contre notre prochain ou contre nous-même, la tentation de la transgression, et de façon générale les sentiments mêlés qui résultent de l’ensemble de nos contradictions et qui font de nos existences un plat doux-amer à la saveur unique.
En bref
La chanson d’Edgar et Roland, d’Eddie Smigiel, est publié aux Éditions Du vent dans les pages.
Le livre broché de 232 pages est vendu 15 €.
Date de parution : 5 janvier 2026.
