Continuez sans moi, de Jean-Michel Mestres

Le deuil est un épisode qui se présente tôt ou tard dans l’existence de chacun de nous. C’est toujours une expérience intime et douloureuse, unique dans tous les cas ; un deuil ne se compare jamais à un autre mais il est une étape obligatoire dans un processus de résilience.

Il prend parfois du temps.

Parfois 40 ans.

Le résumé

Après quarante ans de silence, un frère retourne au cimetière pour y chercher le souvenir de sa sœur qui s’est suicidée alors qu’elle avait 28 ans. Il vient se recueillir sur le caveau familial où aucune plaque funéraire ne porte le nom de la disparue ; elle y est comme une intruse. C’est le temps des questionnements qu’il ne s’était jamais autorisés. Après avoir détourné le regard si longtemps, comment revenir à celle qui s’est donnée la mort sans se sentir écrasé par la culpabilité ?

Jean-Michel Mestres nous entraîne dans une exploration de leur enfance et de leur jeunesse au son des années 1970. Sans pathos, il creuse sa mémoire : retrouver les traits de Florence, son air tantôt mutin, tantôt sérieux. Continuez sans moi est une enquête intime, un fil que l’auteur déroule pour sortir d’un mutisme dans lequel toute sa famille demeure enfermée.

Ce que j’en dis…

J’ai découvert Jean-Michel Mestres avec son premier livre, La Copiste (La Manufacture de livres, 2022) et j’attendais de lire son nouveau roman.

Continuez sans moi constitue comme La Copiste un récit marqué par un goût prononcé pour l’art et la culture. Bien que l’intrigue soit radicalement différente, l’auteur continue de développer une écriture remarquablement intimiste et à la fois très populaire dans la mesure où les références sont nombreuses à une certaine forme de pop culture des années 70 (et fin des années 60).

Bien entendu, on n’oublie jamais le thème : la démarche longtemps repoussée qui consiste à redonner leur place à ceux qui ont disparu de notre vie en perdant la leur. Mais la façon dont J-M Mestres en quête, se remémore les activités auxquelles il se livrait avec sa sœur, depuis leurs moments de connivence enfantine jusqu’à leurs voyages ou leurs engagements politiques plus ou moins francs en passant par les disques qu’ils écoutaient ensemble ou les films qu’ils allaient voir au cinéma nous éclaire à la fois sur l’intimité de leur relation et sur la réalité d’une époque.

J’ai beaucoup apprécié de me retrouver dans ce Paris qui était aussi le mien des environs de la Place Clichy, dans ces cinémas, dans ces livres, dans ces disques. L’écriture de Jean-Michel Mestres est une invitation à investir une part de notre individualité dans ce qui la fait participer au bien commun de l’humanité : la culture. La cinéphilie, le goût de la musique et de la chanson internationale, de nombreux livres évoqués ou cités donne une épaisseur intellectuelle à un récit qui ne se présente pas comme tel.

Pour autant ce qui pourrait être perçu comme une certaine forme d’œuvre d’érudition est porté par une plume d’une telle sensibilité qu’il devient impossible de distinguer l’intime du pluriel et c’est en quoi la démarche de ce roman très personnel amène vite le lecteur à y trouver sa part d’universalité et de partage.

Âmes sensibles, ne pas s’abstenir.

L’auteur

Né en 1956, parisien d’origine catalane, amateur de romans noirs, de cinéma, de photographie et de rugby, Jean-Michel Mestres a été journaliste, spécialisé notamment dans l’urbanisme et l’aménagement du territoire. Il se consacre aujourd’hui à l’écriture. Après La Copiste, publié à la Manufacture de livres, Continuez sans moi est son deuxième roman.

Continuez sans moi, de Jean-Michel Mestres est édité par La Manufacture de livres.
Le livre broché de 256 pages est vendu 17,90€.
Paru le 6 juin 2024.

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