L’attendeur ( de première classe) de Fabien Maréchal

De temps en temps je reçois des propositions de service de presse sur la plateforme SimPlement. Le plus souvent ce sont des auteurs autoédités, plus rarement de petites maisons d’édition. Pour être franc, parfois ça ne fait pas une grande différence.

Ce n’est pas le cas cette fois-ci car les éditions Le chant des Voyelles qui m’étaient jusqu’alors inconnues m’ont ravi par leur professionnalisme.

Et L’attendeur (de première) classe est certainement un roman de nature à faire du bien à sa maison d’édition.

Le résumé

Grégoire Furnier a intégré un tout nouveau corps d’élite : les Attendeurs. Grâce à une récente découverte scientifique qui fait la fierté du pays, ceux-ci sont capables d’Attendre à distance et à l’avance pour les autres (malade qui espère une greffe, ministre qu’un orage risque de retarder, victime d’une catastrophe appelant les secours…), et leur évitent de perdre un temps précieux.

Mais, lors d’une mission d’importance, Grégoire provoque sans le vouloir une tempête médiatique que sa hiérarchie ne lui pardonne pas. Honteux et déboussolé, il tente alors de mettre discrètement ses capacités extraordinaires au service d’anonymes : des jeunes désœuvrés, une ado et sa mère brutalisée par son mari, un vieux voisin… Seulement, cet Attendeur non officiel attire les convoitises, jusqu’à l’étranger.

Ce roman trépidant, plein de fantaisie et de poésie, évoque Lewis Carroll et Boris Vian. Une magnifique créativité qui nous fait rire à chaque page, offrant un éclairage mordant et humaniste sur les folies du monde contemporain.

Ce que j’en dis…

Contrairement à la promesse du résumé, je n’ai pas ri à chaque page. Je suppose que c’est dû au fait que je suis un peu trop second degré.

Et ce sont en définitive beaucoup plus les enjeux moraux qui m’ont embarqué dans ce roman que l’histoire en elle-même ou les péripéties.

Certes, il y a des scènes marrantes, mais j’ai surtout aimé le caractère social de l’œuvre, l’interrogation sur le rôle du travail (particulièrement lorsqu’on est fonctionnaire) en tant que marqueur identitaire. Existe-t-on par l’emploi qu’on exerce ? Est-ce lui qui justifie la place que nous occupons dans la société ? Ou bien est-il possible de trouver d’autres facteurs de notre contribution à l’humanité ?

Voilà les pensées qui m’ont occupé l’esprit durant ma lecture. Pas rigolo donc mais plutôt profond Fabien Maréchal à mon humble avis.

L’idée de l’Attente place le livre dans une frontière vague entre la littérature générale et la littérature de l’imaginaire. Pas de la SF à proprement parler mais on en n’est pas loin cependant et c’est une bonne idée dans le sens où certains lecteurs qui n’apprécient pas la SF rechigneraient peut-être à lire L’Attendeur (de première classe) si le curseur avait été poussé plus loin dans ce sens. Mais ce n’est pas le cas. Ainsi, le lecteur de littérature générale y trouvera une histoire, certes décalée, mais facilement accessible.

J’ai beaucoup aimé la relation existant entre Grégoire, Lisa et sa mère, une pauvre femme battue. L’adolescente est en crise mais elle ne peut pas l’exprimer, sa maman quant à elle n’a plus grand chose à exprimer. Ce silence est abominable et Grégoire vient remettre du sens en même temps qu’il contribue à remettre de l’ordre. C’est beau, c’est bon, ça fait du bien.

L’intérêt qu’il porte à une bande de jeunes potentiellement délinquants à qui il souhaite offrir d’autres possibilités m’a aussi touché. Je me suis senti en réelle empathie avec le personnage principal mais aussi avec beaucoup d’autres personnages secondaires. Encore une fois, ça fait du bien.

Ce genre de bouquin illustre à lui seul la raison pour laquelle je ne me cantonne pas à lire des auteurs ou des maisons d’édition connus. L’inconnu réserve aussi parfois de bien belles surprises.

L’auteur

Journaliste, Fabien Maréchal a travaillé en presse locale et pour National Geographic. Auteur de plusieurs ouvrages chez des éditeurs indépendants (dont Derniers avis avant démolition, Antidata, 2016, finaliste des prix Hors Concours et Boccace), il mêle préoccupations sociales, poésie et humour pour scruter les lézardes de notre humanité.

L’attendeur (de première classe), de Fabien Maréchal est édité par Le chant des voyelles.
Le livre broché de 324 pages est vendu 21€.
Paru le 8 octobre 2024.

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