Adam, de Rayane Lalichi

Adam est un récit court qui traite d’un mal réel mais rarement abordé : la maladie mentale telle qu’elle est perçue dans les communautés dites de banlieue. Alors qu’une certaine classe sociale supérieure est à l’aise avec l’idée d’avoir recours à des professionnels de la santé mentale assez facilement, la réalité est différente dans les couches les moins aisées.

Rayane Lalichi aborde le sujet avec franchise et bienveillance dans un roman accessible et tout public.

Le résumé

Quelque chose ne va pas dans le pays. Le climat social est tendu en ce début d’année 2019. L’insurrection croît, la répression s’ensauvage. Quelque chose ne va pas dans le quartier.

Les banlieues changent en hiver. La Tour est endormie par le froid. Les trafics se font plus discrets, les conflits plus rares, les nuits plus muettes. Le mal véritable peut alors resurgir. Quelque chose ne va pas dans sa tête.

Adam a atteint sa majorité, l’âge où tout est censé s’ouvrir. Déscolarisé, fils d’ouvrier et de femme de ménage, tout lui semble fermé cette année-là. Pourtant, une voie l’attend ; un chemin vers la lumière. Il s’en souviendra. Le quartier s’en rappellera. Le pays se le remémorera.

La Tour l’a vu grandir, elle le verra sombrer.

Ce que j’en dis…

Le résumé avait tout pour me plaire : le mal des banlieues et la santé mentale abordés dans un même ouvrage, je trouvais l’idée séduisante. Je n’ai pas été déçu par ce (trop) court roman de Rayane Lalichi, j’aurais simplement aimé (comme c’est souvent le cas lorsque je lis des auteurs autoédités ou des romans édités à compte d’auteur), qu’une ME dotée d’une vraie direction éditoriale s’en empare.

Cela étant dit, merci aux Éditions Baudelaire d’avoir permis à ce livre d’exister et merci de m’en avoir offert la lecture.

Adam est un produit de la banlieue, un produit de la Tour, un fils d’immigrés pas comme les autres, animé par une passion maladive pour la danse et des voix dans la tête. Pas des voix, des musiques. Mais la cause est concrète et elle se nomme schizophrénie. Encore faudrait-il qu’Adam consulte. Mais dans la Tour ça ne se fait pas comme ça. Il est bizarre alors on le méprise, on s’en méfie ou bien on le chahute. On l’accepte comme il est. Au mieux on convoque l’imam du quartier pour le débarrasser du djinn qui le perturbe. Et bien entendu les choses ne s’arrangent pas.

J’ai beaucoup aimé le fait que l’auteur ait le courage d’aborder cette triste réalité : dans de nombreuses communautés, ici celle de la Tour, on a beaucoup de mal à faire la distinction entre la maladie mentale et le spiritisme. Question d’éducation, et sous ce rapport nombreux sont les mal lotis, malheureusement. Et aucune communauté n’a le monopole de l’ignorance.

Ainsi, Adam grandit avec sa maladie et sa maladie grandit, elle aussi, jusqu’à l’irréparable.

Adam est un roman court et troublant, qui ne se veut ni dénonciateur ni moralisateur mais qui montre les maux d’une société dans laquelle les intérêts des plus faibles ne sont pas la priorité de l’État. Gilets jaunes, jeunes en souffrance, même combat, même mépris, même absence d’horizon.

Un élégant premier pas en littérature pour Rayane Lalichi dont l’avenir nous dira s’il a d’autres choses à écrire. Amine.

L’auteur

Rayane Lalichi est un jeune écrivain né dans un quartier populaire de Valence, dans la Drôme. En parallèle d’un parcours académique exemplaire le menant jusqu’à une double maîtrise, il développe un intérêt grandissant pour de nombreux domaines du champ esthétique tels que la danse, la littérature et le cinéma. Sa passion pour le réel lui octroie une plume d’une grande précision néanmoins magnifiée par un sens poétique profond. Adam, son premier livre édité, témoigne de cette personnalité fascinée aussi bien par la matérialité du corps social que par la beauté baroque d’une parole esthétisée.

En bref

Adam, de Rayane Lalichi, est publié par les Éditions Baudelaire.

Le livre broché de 170 pages est vendu 16€.

Paru le 6 août 2023.

Un commentaire

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