Henua de Marin Ledun

Après avoir lu Eiao (Au vent des îles, 2026) qui constitue le préquel de Henua, j’ai immédiatement eu une irrésistible envie de lire l’histoire du fils de Simone et de replonger dans l’univers si dépaysant des îles Marquises.

Un petit tour dans le Pacifique quand l’octobre alsacien réveille mes vieilles douleurs dorsales, ça compte comme un médicament. Merci Marin Ledun !

Le résumé

Henua. La terre natale, la terre-mère.

Henua Ènana, la Terre des Hommes, véritable nom de l’archipel des Marquises, où est retrouvé le corps de Paiotoka O’Connor, une jeune mère respectée, éprise de liberté, aimant passionnément Nuku Hiva, son île.

Le lieutenant de gendarmerie Tepano Morel – né d’un père métropolitain et d’une mère marquisienne – est dépêché depuis Tahiti pour enquêter, secondé sur place par Poerava Wong. Si ses investigations lui révèlent progressivement l’envers du décor marquisien, elles lui permettent également de renouer avec ses racines et la mémoire de sa mère, personnalité connue de beaucoup sur l’île.

Jonglant avec les fantômes de son passé et sa quête de vérité, le lieutenant découvre un pays rongé par les conséquences de la colonisation et hanté par le spectre des essais nucléaires français, où le silence est d’or et où les secrets sont bien gardés…

Ce que j’en dis…

Quand on lit Henua, on a vraiment l’impression d’être aux Marquises. C’est mon sentiment alors même que je n’y ai jamais mis les pieds ! Mais c’est ce qui fait vraiment tout le charme de ce roman, très bon polar par ailleurs, comme c’est l’habitude de l’auteur.

On retrouve cette écriture au présent de l’indicatif, un procédé qu’apprécie volontiers Marin Ledun – ainsi que votre humble serviteur – puisque cela donne un rythme incroyable et crée une envie de dévorer les lignes, une envie parfois presque pénible. J’ai du me discipliner pour ne pas sauter lesdites lignes afin d’aller encore plus vite. Paradoxalement, le récit n’est pas du tout précipité, on suit l’enquête policière, ses errements, ses rebondissements et ses découvertes avec un plaisir évident.

Par dessus tout, c’est le dépaysement total qui m’a charmé. Non pas parce qu’on y découvre une île de rêve, mais bien au contraire parce qu’on y fait connaissance avec la dure réalité du quotidien de ses habitants. Fi des plages de sable blanc et des poissons multicolores, Henua traite surtout de la pauvreté et de l’isolement des îliens, du mépris flagrant dont fait preuve l’administration française à l’égard des Marquises en particulier et de la Polynésie française en général (et des DOM-TOM dans l’en

Marin Ledun aborde d’autres idées intéressantes telles que l’inconfort existentiel des métis qui sont à cheval entre deux cultures. La difficulté de ne pas parler la lague qu’indique pourtant clairement des traits physiques particuliers. C’est le cas de Tepano Morel qui est moqué à cause de sa ignorance de la langue de sa mère, mais aussi de beaucoup d’autres personnes dans la même situation. (Par exemple, j’ai rencontré hier une autrice eurasienne qui m’a expliqué très rapidement qu’elle est d’origine vietnamienne mais ne parle pas la langue, comme pour s’excuser.) La souffrance est réelle et probablement universelle parmi la population concernée.

On y découvre aussi des détails intéressants sur la culture locale et c’est en ayant l’impression d’avoir véritablement voyagé dans le Pacifique que j’ai refermé le roman.

Maintenant j’ai juste envie de boire une Hinano et d’apprendre à jouer du ukulélé.

L’auteur

Crédit photo : Francesca Mantovani

Marin Ledun est l’auteur d’une vingtaine de romans dont Les visages écrasés, plusieurs fois récompensé et adapté au cinéma, et L’homme qui a vu l’homme, prix Amila-Meckert. Ses deux précédents romans, Leur âme au diable et Free Queens, ont reçu un accueil particulièrement enthousiaste de la presse et des libraires.

En bref

Henua, de Marin Ledun, est publié par les éditions Gallimard, collection série noire.

Le livre broché de 412 pages est vendu 19 €.

Date de parution : 13 février 2025.

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