En qualité de juré pour le Prix Hors Concours 2026, j’ai eu le plaisir de lire les extraits des quarante titres de la présélection. Parmi les auteurs présentés, certains ne m’étaient pas inconnus et c’est le cas notamment de Marin Ledun. Les quelques pages sélectionnées pour le recueil ont atteint leur but puisque outre le fait de me convaincre de le mettre dans ma sélection personnelle de 5 titres, j’ai eu aussi envie de lire Eiao en entier et c’est ce que j’ai fait !

Le résumé
En Polynésie, dans les années 1970, la France mène des essais nucléaires qui meurtrissent la région et mettent en danger ses habitants ainsi que sa faune et sa flore. Quand elle arrive à Eiao en 1972, à 19 ans, Simone pense avoir été embauchée par une compagnie de forage minier, mais l’Arvecom semble cacher ses véritables intentions… Au contact d’autres employés et du mystérieux Tahi, elle s’engage dans une lutte qui la dépasse.
En explorant les îles des Marquises et la jeunesse de la mère du futur lieutenant Morel de son roman Henua, Marin Ledun plonge dans un passé tourmenté et tumultueux, et nous entraîne dans une histoire d’amour radioactive.
Ce que j’en dis…
J’ai découvert Marin Ledun assez tardivement, en 2021, grâce à Babelio qui m’avait invité à une rencontre avec l’auteur à l’occasion de la sortie de Leur âme au diable (Gallimard, 2021).
Loin du pavé en question, Eiao est un petit livre de 90 pages, prequel du plus imposant Henua (Gallimard, 2025) que je n’ai pas encore lu mais dont j’ai maintenant très envie.
J’ai beaucoup aimé que le prequel soit édité chez un éditeur indépendant et polynésien, Au vent des îles.
Dans ce qu’il convient d’appeler une novella, l’auteur offre un récit qui relève presque du témoignage historique de cette époque malheureusement pas si lointaine où le gouvernement français jouait volontiers à faire péter des bombes atomiques dans l’Océan Pacifique, dans ces territoires lointains où la vie des îliens a moins de valeur que celle des Français de l’Hexagone.
L’ingénieur français qui se vidait de ses tripes un peu plus tôt sur le caboteur a repris du poil de la bête. L’heure est à la fête. Il entonne une Marseillaise que tous reprennent en chœur. Même les Tahitiens, dont les familles bouffent du poisson radioactif et boivent du lait de coco à l’uranium appauvri à l’ombre de cocotiers irradiés, là-bas, plus au sud, du côté de Mururoa, Fangataufa, Tematangi, Vanavana et Hakamaru.
Ce sont des faits connus, donc Eiao ne constitue pas une révélation à proprement parler mais un rappel intéressant des agissements du gouvernement français de l’époque. Notons toutefois qu’il ne s’agit pas d’un récit documentaire ou journalistique mais bien d’un roman, et même peut-être d’une romance puisque l’histoire est principalement articulée autour de l’idylle entre Simone et Tahi. On y découvre la totale ignorance dans laquelle étaient maintenus les Polynésiens quant à la nature des projets sur lesquels ils ont travaillé comme main d’œuvre locale. Comme il semble facile de manipuler les nécessiteux…
Mais Eiao raconte aussi comment la conscience collective d’un groupe, aussi petit soit-il, peut donner naissance à une lutte écologique embryonnaire, certes, mais au potentiel bien réel. Ainsi, Marin Ledun ouvre des portes, lance des pistes, suscite des attentes et pousse le lecteur curieux que je suis à m’intéresser de près à Henua que je lirai sans doute prochainement.
En bref
Eiao, de Marin Ledun, est publié par les éditions Au vent des îles.
Le livre broché de 90 pages est vendu 11 €.
Paru le 9 janvier 2026.
