Imaginez qu’un roman qui traite d’une histoire d’incendies criminels dans le Sud-Ouest se trouve actuellement en rayon dans toutes les librairies de France et de Navarre. Il ferait probablement un carton.
Mais voilà, une maison d’édition indépendante ne peut pas se payer le luxe d’inonder les libraires de ses bouquins. Pourtant, Brasiers mérite de faire un carton même s’il est précisément porté par un éditeur indépendant.

Le résumé
Cette année dans les Landes, l’été est sec. Très vite, les premiers feux éclatent au cœur de la forêt de pins. Les pompiers luttent sans relâche, cherchent à comprendre l’origine de ces multiples départs. En vain. Les sirènes déchirent la nuit. Les flammes gagnent les sous-bois, menacent des maisons isolées. Dans les villages, la peur s’installe : et si quelqu’un mettait le feu ?
Parmi ceux qui combattent l’incendie, une famille de pompiers se retrouve en première ligne. Marc, Étienne et Myriam sont tous trois aux prises avec les flammes : entre eux, les tensions sont palpables. Pendant ce temps, Raymond, enquêteur chevronné, traque un incendiaire insaisissable.
Jusqu’au jour où un feu devient incontrôlable, car certains brasiers ne naissent pas simplement dans la profondeur de la forêt, ils couvent depuis longtemps dans le cœur d’un des leurs.
Ce que j’en dis…
Je ne résiste pas à employer la formule selon laquelle ce roman est d’une actualité brûlante.
C’est facile, certes, mais c’est tellement vrai !
Même pour quelqu’un comme moi qui n’a pas la télé, il était impossible de passer à côté de l’information concernant les feux de forêt qui ont ravagé la région bordelaise. Et voilà que je lis Brasiers ! Au début c’est très troublant. À tel point que j’avais envie d’écrire cette chronique avant même d’avoir fini la lecture du livre, ce qui est rarissime, convenons-en. Mais ma lecture est achevée et le moment est venu.
Florence Wells, dont je suis un lecteur assidu depuis le début me semble-t-il, possède cette singularité d’écrire des histoires qui plongent le lecteur au cœur non pas d’une intrigue compliquée mais dans les tourments de l’esprit des protagonistes. Des personnages de Brasiers, elle ne nous livre que peu de choses quant à leur aspect physique, mais elle dévoile avec une profondeur rare les personnes cachées du cœur.
Ce roman n’est pas un thriller horrifique et brutal même si ce qu’il raconte est effectivement monstrueux. D’ailleurs le coupable est connu dès le premier chapitre. Mais la tension est pourtant réelle : l’enquête du gendarme Raymond qui se focalise sur un suspect idéal mais pourtant innocent agace terriblement le lecteur tandis que les chapitres racontent comment le véritable incendiaire poursuit son œuvre destructrice.
Les protagonistes sont peu nombreux mais tous tellement liés que les chapitres qui se succèdent rapidement sont comparables à des bâtonnets de mikado enchevêtrés, il est impossible de toucher à l’un sans en faire bouger un autre. Ainsi, le suspens ne réside pas tant dans ce qui touche directement au feu mais plutôt dans l’attente de savoir comment les choses vont se dérouler lorsqu’on coincera enfin le responsable de ce désastre écologique et humain.
À contrepied d’une société qui condamne sans comprendre (et souvent sans savoir), Florence Wells développe dans Brasiers la psychologie de l’incendiaire. Non pas qu’elle l’excuse mais elle donne à comprendre, à envisager une forme d’empathie. En cela, ce roman est particulièrement audacieux. Alors que dans la plupart des thrillers le coupable est systématiquement une innommable ordure, ici l’autrice ne tombe pas dans des raccourcis manichéens et joue sur la corde sensible de la compassion du lecteur. Encore une fois, c’est vraiment courageux au regard du contexte (qu’elle n’avait évidemment pas envisagé je suppose).
Ainsi, en lisant Brasiers le lecteur ne remue pas le couteau dans la plaie causée par les incendies qui ont frappé si récemment l’hexagone (et ce n’est malheureusement pas fini, on est qu’au début du mois d’août). Elle éclaire ce que de tels drames supposent de souffrance non seulement après les faits, ce qui relève de l’évidence, mais surtout avant le feu, ce qui est une voie rarement exploitée et pourtant tellement intéressante.
Autant dire que je vous encourage à le lire.
L’autrice

Née en 1977, Florence Wells poursuit des études scientifiques puis travaille plusieurs années dans le marketing et la communication de grandes entreprises. Alors que tout s’arrête en 2020 avec l’arrivée d’un virus qui bouleverse la planète, elle pose ses cartables, prend un crayon et commence à faire ce dont elle rêvait depuis des années : écrire. C’est une révélation.
Dans ses écrits se croisent la solitude de nos existences, les inégalités, les problèmes écologiques, les bouleversements engendrés par la technologie qui nous entoure… Des questionnements pour interroger nos rapports aux autres et imaginer des changements possibles.
Elle a écrit entre autres :
- Je cueillerai la vie et je te l’offrirai (L’Alchimiste, 2022)
- Pointland -L’Empire des points (L’Alchimiste, 2023)
- Le Mystère de la Chaussette jaune (Librinova, 2024)
- L’enfant d’une autre – L’histoire d’une GPA (L’Alchimiste, 2024)
En bref
Brasiers, de Florence Wells, est publié par les éditions L’Alchimiste.
Le livre broché de 230 pages est vendu 21,90 €.
Paru le 16 juin 2026.
Les éditions L’Alchimiste pratiquent l’impression à la demande (bod), procédé qui évite le stock (et la mise au pilon) et préserve donc l’environnement. Cela limite la présence de ses productions en librairie mais vous pouvez acheter Brasiers en cliquant ici.
