Éden est certainement un titre inspirant puisque c’est le deuxième livre que je lis, pareillement intitulé. Dominique Convard de Prolles, m’avait donné à lire son Éden. J’ai lu plus récemment L’Éden à l’aube de Karim Kattan et l’année dernière, j’avais lu Sans Éden, de Maïa Thiriet dans le cadre du jury du Prix du Roman Fnac 2025.
Cette année, alors que je suis juré récidiviste, c’est l’Éden de Pierre Ducrozet qui bénéficie de la présélection pour le Prix du Roman Fnac 2026.

Le résumé
Éden est un enfant du nouveau siècle. La vingtaine désenchantée, il erre à Marseille et ne se sent pleinement vivant que lorsqu’il danse. Né de père inconnu, fils adoptif d’une femme qui semble le délaisser – géographe célèbre, elle est obsédée par le rêve de sa vie, habiter une île nouvelle en plein cœur du Pacifique – il décide de plaquer son existence étroite et solitaire pour la rejoindre. Sa traversée du globe en cargo, auprès de marins aux existences blessées, sera le début d’une aventure qui transformera Éden et le mènera sur les rivages d’une vie nouvelle, libre, incarnée. En mouvement.
Ce que j’en dis…
Je ne connaissais pas Pierre Ducrozet (j’ai des lacunes, c’est vrai, je rêve d’avoir une culture exhaustive) et j’ai d’abord été un légèrement dérouté par le style que je trouvais un peu ampoulé, en décalage avec le personnage d’Éden, plutôt versé dans la petite délinquance. Puis 15 balles le meug d’Afghan page 10 (comprenne qui pourra), je trouvais ça un peu trop cher pour coller à la réalité. Alors j’ai fait ce qu’on fait dans ces cas-là, j’ai googlé Pierre Ducrozet et ça m’a rassuré.
Rasséréné, j’ai poursuivi ma lecture avec un sentiment à l’égard du style qui est passé de l’agacement au plaisir. D’abord pragmatique, au fil des pages, Éden prend des allures de conte moderne. Ce gamin de vingt-trois ans, pas si libre qu’il voudrait l’être, en rupture avec sa famille et avec les codes de son quartier, va trouver son salut dans la fuite grâce à un riche bienfaiteur fantasque, sorte d’Elon Musk à la française, convaincu du pouvoir sans limite de la richesse.
La seconde partie qui se déroule à bord d’un cargo où Éden est un passager presque clandestin donne cours à la découverte d’une galerie de personnages singuliers dont j’ai pourtant craint qu’elle soit le but avoué du livre. Mais non, ce n’est qu’un passage, intéressant par ailleurs, qui permet de faire connaissance avec Issa, en particulier, qui va jouer un rôle important dans la suite de l’histoire.
La fuite, encore, puis le rapprochement d’Éden avec sa mère. Rapprochement physique d’abord, puis affectif, et enfin idéaliste si l’on peut dire. Car la maman d’Éden est une idéaliste comme on n’en fait plus. Une utopiste, diront certains, qui rêve d’un monde nouveau, d’une vie plus juste, d’une société plus simple. Et elle semble sur le point de donner véritablement corps à ses nobles ambitions lorsque son fils la retrouve. Prendra-t-il sa relève ?
Roman d’initiation, fresque familiale, conte écologique, Éden coche ces différentes cases avec facilité et une sorte de beauté sauvage qu’on retrouve à la fois dans l’écriture ciselé de Pierre Crozet mais aussi dans les personnages et l’histoire elle-même.
Ce roman est indéniablement une réussite esthétique et, en ce qui me concerne, une magnifique découverte qui est venue raviver le feu qui couve sous le chaudron bouillonnant de mes propres utopies.
L’auteur

Crédit photo : Jean-Luc Bertini
Pierre Ducrozet est né à Lyon en 1982. Européen, il réside à Barcelone et enseigne en Belgique. Son œuvre est remarquée et récompensée, notamment par le prix de la Vocation pour Requiem pour Lola Rouge (Grasset, 2010), le Prix de Flore et le prix des Rencontres à lire pour L’invention des corps (Actes Sud, 2017) et le prix Mottart de l’Académie française pour Le grand vertige (Actes Sud, 2020).
En bref
Éden, de Pierre Ducrozet, est publié aux éditions Actes Sud.
Le livre broché de 256 pages est vendu 21€.
Paru le 19 août 2026.
