Dans le dernier roman de Laurine Roux, on retrouve les thématiques qui préoccupent l’auteure à savoir le sort de plusieurs générations de femmes dans des époques et des milieux hostiles où oppression et injustice font rage.
J’avais déjà bien apprécié les deux précédents et j’avoue que celui-ci, avec son titre énigmatique Trois fois la colère ne déroge pas à la règle. D’ailleurs les professionnels ne s’y sont pas trompés puisqu’il a obtenu le prix des libraires 2026.

Résumé :
Aux confins des Alpes, à l’époque médiévale. Hugon, seigneur de Bure, être cruel et tyrannique, marque son temps et sa lignée au fer rouge avec la bénédiction de l’Église. Encore adolescent, il n’hésite pas à accuser un innocent afin de couvrir un crime que lui-même venait de commettre. Un simulacre de procès conduira le pauvre homme au bûcher, où il brûlera sous les yeux de Gala, sa fille à la beauté irradiante. De ce jour, recluse dans les bois de Bénévent, Gala s’ensauvage.
Un jour, Hugon la soumet. De ce viol naissent trois enfants. Chaque nourrisson porte au cou la marque du seigneur de Bure, un coquelicot cousu à même la peau. L’accoucheuse confie Reine à Clarisse de Bure, épouse du seigneur, qui se croit stérile, et abandonne Éphraïm, garçon aux yeux vairons, sur le seuil d’un prieuré où un bénédictin l’élèvera comme son fils. Quant à la troisième nouvelle-née, laissée pour morte, elle sera l’idiote, l’attardée sublime, surnommée Mange-Ciel.
Tout en remontant la généalogie de cette histoire de pouvoir, de vengeance et de justice au temps du Moyen-Âge, Trois fois la colère s’empare de quelques-unes des questions qui taraudent notre modernité : la domination masculine, le hiatus entre la justice et la vengeance, la tension entre l’empire du passé et les identités à inventer. À quoi s’ajoute ce personnage central de toute l’œuvre de Laurine Roux : la nature. La nature toujours souveraine, toujours promesse de refuge, immuable symbole de l’amour, de l’espoir et de la révolte.
Ce que j’en dis :
Cette fois, on remonte plus loin dans le temps, à l’époque des croisades et de l’inquisition où les seigneurs exercent un pouvoir tyrannique sur leur vassaux et où le clergé pourchasse sans relâche ceux qu’il considère comme des hérétiques.
Dès les premières pages le dénouement : une vengeance opérée par une toute jeune femme prénommée Miou dont le rapporteur expose les mobiles face à un tribunal qui aura à statuer sur son sort. C’est en ces termes qu’il conclut ses chefs d’accusation : “ Oyez ce qui est comme ce qui fut, remontez à la racine: la naissance de Reine de Bure, née Piot et mère de Miou.”
Ainsi, Laurine Roux a construit son roman en quatre parties dont l’arbre est la métaphore. Racine : à l’origine les crimes longtemps cachés et impunis perpétrés par le sanguinaire Hugon de Bure maître des lieux puis Branche, Sève et enfin Surgeon symbolisant les progénitures successives qui mèneront à celle qui portera le coup fatal.
D’arbres et de nature, il est aussi beaucoup question à l’évocation de la forêt de Bénévent, source de peurs alimentées par toutes sortes de superstitions pour certains, mais abri sûr plein de ressources pour d’autres comme Gala, aïeule de Miou. Cette forêt, Laurine Roux en fait un personnage en soi, comme cela ressort de cette phrase p183 : “ Chaque fois, on échoue face à Bénévent, et chaque fois les arbres grincent de rire”.
Le style adopté à dessein par l’auteure permet au lecteur de mieux ressentir l’ambiance qui n’est pas sans rappeler l’atmosphère glauque du Nom de la rose d‘Umberto Eco. Et tout comme les patronymes Tancrède, Théode et autre Rosemonde nous renvoient à une langue désuète qui, par moment, évoque la geste, Laurine Roux nous gratifie de l’une d’elle, celle de Beowulf contée par Enguerrand de Bure père d’Hugon à sa petite fille Reine, où guerroient de preux chevaliers.
Dans cette épopée aux allures de conte épique, Laurine Roux rejoint des préoccupations très contemporaines en lien avec les rapports de domination, la notion de consentement, le respect des valeurs et des croyances d’autrui : la nature humaine en somme, dans ce qu’elle a de plus vile souvent et de plus noble parfois…
Pour clore ma chronique, j’aimerais attirer l’attention du lecteur sur la qualité de l’objet livre à quoi je suis très sensible et souligner le travail des Éditions du Sonneur dont je vous invite à lire l’article intitulé Ceux qui passent, ce qui passe de leur éditrice Valérie Millet, car j’imagine que vous faites partie de celles et ceux que la longueur et la densité du propos ne rebutent pas !
En bref
Trois fois la colère, de Laurine Roux, est publié par les Éditions du Sonneur.
Le livre broché de 320 pages est vendu 20 €.
Date de parution : 14 août 2025.

Votre chronique m’emmène vers le chez moi de mon enfance. Les lieux et noms évoqués me parlent, le Dévoluy n’est pas loin du Champsaur, même très près. Reste à savoir si la typographie et la mise en page de l’ouvrage m’en permettraient une lecture ? Pensez-vous que je puisse le lire donc le commander en librairie ? En tous cas vous m’avez donné envie. MH Oui j’ai lu l’article sur l’IA 😉
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Bonjour Marie Hélène, même si la qualité du papier et la typographie sont plutôt au dessus de la moyenne, la police doit correspondre à 10. L’alternative serait de l’acquérir en format numérique, ce qui en l’occurrence est possible…
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