Parmi les bouquins que j’ai reçus dans le cadre du jury pour le Prix du Roman Fnac 2026, il y a cette petite pépite venue d’outre-Atlantique qui vient nous rappeler que la francophonie dépasse largement les frontières de l’hexagone, cet Herbier du Souvenir de Jean-François Beauchemin aux Éditions Québec Amérique.

Le résumé
Deux ans après la mort de son frère, qui souffrait de schizophrénie, un homme revisite leur histoire commune au fil de son quotidien. Grâce à l’amour de ses proches – sa femme Livia, leur bon vieux chat Lennon, la voisine madame Vermeulen-, grâce aussi à l’intarissable splendeur du monde, il réapprend doucement la joie. Son témoignage prend ici la forme d’un herbier, c’est-à-dire d’une collection de souvenirs semés puis recueillis dans la vaste vallée fleurie de sa mémoire, et destinés, comme dans les albums photos, à une certaine immortalité.
La mort d’un être aimé est presque toujours un éboulement,. Mais cette dégringolade de pierres favorise sur la pente dévalée, labourée par le mouvement impétueux du matériau, la poussée prochaine de nouvelles fleurs. C’est de cette reconfiguration d’un certain sol de l’esprit, de l’âme, des sens, de la volonté et du destin lui-même que sont nées les pages qui commencent ici. Voici la chronique d’un retour au calme, une histoire où perce sur quelques rameaux printaniers le bref bourgeon des souvenirs. une évocation dont la manière d’être, la disposition générale s’apparentent à celles d’un jardin aux pétales peut-être abîmés, mais exposés à nouveau aux chauds rayons solaires. Voici le récit d’un chagrin apaisé.
Ce que j’en dis…
En lisant Herbier du souvenir j’ai eu du mal à comprendre pourquoi il trouvait sa place dans la présélection pour le Prix du Roman Fnac. Non pas qu’il soit mal écrit, bien au contraire, il l’est d’ailleurs magnifiquement, mais parce que je n’y ai pas retrouvé la structure du roman. Pour moi il s’agit plus précisément d’une succession de textes courts ( deux pages le plus souvent), assez indépendants les uns des autres sur le plan de l’arc narratif mais toujours rattachés au thème. Autant dire qu’il s’agit de chroniques.
L’écriture est somptueuse et j’ai été frustré de devoir le lire rapidement (à cause de la deadline) parce que les textes sont vraiment agréables, comme autant de fruits mûrs, délicatement choisis, cueillis avec délicatesse, et offert au lecteur avec un amour non dissimulé.
Je ne connaissais pas Jean-François Beauchemin en dépit de son abondante bibliographie (mes lacunes, toujours et encore. Plus on publie de livres et plus mes lacunes se multiplient) mais il m’a fait penser à Jean-Louis Fournier qui écrit ce même type de textes, avec peut-être une plume moins remarquable mais je le dis sans vouloir nuire. Les deux auteurs ont en commun une grande sensibilité, un optimisme absolument indécoiffable (tiens, ce mot manque à la langue française, je l’y ajoute donc tout à fait volontairement) et un ou des membres de la famille frappés par la maladie.
La littérature qui touche à la schizophrénie est souvent teintée de violence, d’incompréhension et de désespoir mais ce n’est nullement le cas dans cet Herbier du souvenir. Au contraire, il y est question d’empathie, de compassion, d’amour, d’apaisement et de botanique. C’est le procédé de l’ensemble du recueil : Jean-François Beauchemin évoque quelque plante, fleur ou autre élément vivant du jardin et y fait correspondre un sentiment, une anecdote ou une situation. Tout en douceur, tout en délicatesse.
Chaque mot trouve sa place dans le texte avec une esthétique raffinée, un peu comme un bouquet dont aucune fleur ne devrait sa place au hasard et dont l’ensemble semblerait pourtant tout à fait naturel et authentique.
L’auteur

Depuis plus de vingt-cinq ans, Jean-François Beauchemin propose une œuvre pensive, tout aussi lucide que ludique. Il est l’auteur, notamment, du Jour des corneilles (prix France-Québec 2005), de La Fabrication de l’aube (Prix des libraires 2007) et du Roitelet (Prix des libraires Folio Télérama 2024), dont le succès retentissant sur la scène internationale a fait de lui l’un de nos écrivains les plus aimés.
En bref
Herbier du souvenir, de Jean-François Beauchemin, est publié par les éditions Québec Amérique.
Le livre broché de 225 pages est vendu 20 €.
Paru le 20 août 2026.

[…] de l’encre sur cette rentrée littéraire. Lait cru possède ces deux points communs avec Herbier du souvenir : le premier c’est que le texte est une succession de textes courts, des instantanés liés […]
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